— Franc, ouvert, parfaitement candide.
— Ah! cria M. Haredale en faisant rentrer son haleine avec un sourire sarcastique; mais je ne veux pas vous interrompre.
— Je suis si résolu à suivre cette marche, répliqua l'autre en dégustant son vin d'un air très circonspect, que je me suis promis de n'avoir pas de querelle avec vous, et de ne pas me laisser entraîner à quelque expression chaleureuse ou à quelque mot hasardé.
— En cela, j'aurai encore vis-à-vis de vous, dit M. Haredale, une grande infériorité. Votre empire sur vous-même…
— Ne saurait être troublé quand il sert mes desseins, voulez-vous dire, répliqua l'autre, l'interrompant avec la même aménité. Soit je vous l'accorde, et j'ai un dessein à poursuivre maintenant vous en avez un aussi. Notre but est le même j'en suis sûr. Permettez- nous de l'atteindre comme des hommes raisonnables qui ont cessé d'être des petits garçons il y a déjà quelque temps. Voulez-vous boire?
— Je bois avec mes amis, répliqua l'autre.
— Au moins, dit M. Chester, vous voudrez bien vous asseoir?
— Je resterai debout, répliqua impatiemment M. Haredale, sur ce foyer dénudé misérable, et je ne le souillerai pas, tout déchu qu'il est, par de l'hypocrisie. Continuez!
— Vous avez tort, Haredale, dit l'autre en croisant ses jambes et souriant, tandis qu'il tenait son verre levé à la brillante lueur de l'âtre. Vous avez réellement tort. Le monde est un théâtre mouvant où nous devons nous accommoder aux circonstances, naviguer avec le courant aussi mollement que possible, nous contenter de prendre la mousse pour la substance, la surface pour le fond, la fausse monnaie pour la bonne. Je m'étonne qu'aucun philosophe n'ait jamais établi que notre globe est creux comme le reste. Il devrait l'être, si la nature est conséquente dans ses oeuvres.
— Vous pensez qu'il l'est, peut-être.