M. Chester répliqua: «Dieu vous bénisse!» avec une ferveur des plus touchantes; et John, faisant signe à ses gardes du corps d'aller devant, sortit de la chambre après une révérence, et laissa l'hôte libre de reposer dans l'antique lit du Maypole.

CHAPITRE XIII.

Si Joseph Willet, le jeune homme dénoncé aux Apprentis et proscrit par eux, s'était trouvé à la maison quand l'hôte courtois de son père se présenta devant la porte du Maypole, c'est-à-dire si ce n'avait pas été, par une malice du sort, une des six fois de l'année entière dans lesquelles il était libre de s'absenter tout le jour durant sans question ni reproche, il serait parvenu, de manière ou d'autre, à plonger au fin fond du mystère de M. Chester, et à pénétrer son dessein avec la même certitude que s'il eût été son confident et conseiller. Dans cet heureux cas, les amants auraient été vite avertis des maux qui les menaçaient, et aidés, par-dessus le marché, de diverses inspirations aussi sages qu'opportunes; car Joe, en pensées comme en actions, tenait toutes ses sympathies et ses meilleurs souhaits à la disposition de nos jeunes gens, et était fermement dévoué à leur cause. Cette disposition provenait-elle de ses anciennes préventions en faveur de la jeune demoiselle, dont l'histoire l'avait environnée dans son esprit, presque au sortir du berceau, de circonstances d'un intérêt extraordinaire; ou de son attachement au jeune monsieur dans la confidence duquel il s'était presque imperceptiblement glissé, par son esprit subtil et ses vives allures, ainsi qu'en lui rendant plusieurs services d'importance comme éclaireur et comme messager? Que ce fût cela ou autre chose, par exemple, les persécutions fatigantes et les manies ennuyeuses de son vénérable père, ou bien encore quelque petite affaire d'amour secrète, qui le disposait favorablement à servir d'autres amoureux comme lui: il est inutile de chercher à le savoir, d'autant plus que Joe n'était pas là, et qu'il n'avait pas par conséquent, dans cette conjoncture, d'occasion particulière de fixer nos doutes par sa conduite.

C'était, par le fait, le vingt-cinq mars, jour qui comme beaucoup de gens le savent à leurs dépens, est, de temps immémorial, une de ces désagréables époques qu'on appelle le terme. Ce jour là donc, John Willet se faisait chaque année un point d'honneur de régler son compte en espèces sonnantes avec un certain marchand de vin et distillateur de la Cité de Londres, et de remettre dans les mains de ce négociant un sac de toile contenant l'exact montant de la somme, pas un penny de plus, pas un penny de moins, c'était pour Joe l'objet d'un voyage aussi sûr et aussi régulier que le retour annuel du vingt-cinq mars.

Le voyage s'accomplissait sur une vieille jument grise, sur laquelle John s'était fait dans l'esprit un système d'idées préconçues, par exemple, qu'elle était capable de gagner un couvert ou une tasse d'argent à la course si elle voulait l'essayer. Elle ne l'avait jamais essayé, et il ne fallait plus compter qu'elle l'essayât jamais maintenant, car elle était âgée de quelque quatorze ou quinze ans, poussive, ensellée et passablement râpée de la crinière et de la queue. Nonobstant ces légères imperfections, John était fier de son animal, et lorsque Hugh, en tournant, l'eut amenée jusqu'à la porte il se retira pour l'admirer à son aise dans le comptoir, et là, caché par un bosquet de citrons, il se mit à rire avec orgueil.

«Voilà ce qui s'appelle une jument, Hugh! dit John, quand il eut recouvré assez d'empire sur lui même pour reparaître à la porte. Voilà une gracieuse créature! regardez-moi cette ardeur! regardez- moi ces os!»

Pour des os, il y en avait suffisamment, sans aucun doute, c'est ce que semblait penser Hugh, assis en travers sur la selle, paresseusement plié en deux, son menton touchant presque ses genoux, et, ne s'inquiétant ni des étriers qui pendillaient, ni de la bride flottante, il sauta de haut en bas sur la petite pelouse devant la porte.

«Songez à avoir bien soin d'elle, monsieur, dit John, laissant cet être inférieur, pour s'adresser à la sensibilité de son fils et héritier, qui parut alors équipé complètement et tout prêt à monter en selle; n'allez pas trop vite!

— J'en serais bien embarrassé, j'imagine, père, répondit Joe en jetant sur l'animal un regard de désespoir.

— Pas de vos impertinences, monsieur, s'il vous plaît, riposta le vieux John. Quelle monture vous faut-il donc, monsieur? Un âne sauvage ou un zèbre en serait une trop pacifique pour vous, n'est- ce pas, monsieur? Vous voudriez monter un lion rugissant, monsieur; n'est-ce pas, monsieur? Taisez-vous, monsieur.»