Lorsque M. Willet, dans ses querelles avec son fils, avait épuisé toutes les questions qui s'offraient à son esprit, et que Joe n'avait répondu rien du tout, généralement il concluait en lui ordonnant de se taire.
«Et quelle idée a donc ce petit garçon, ajouta M. Willet, après l'avoir considéré quelque temps d'un air ébahi et comme stupéfait, de, retrousser comme ça son chapeau en casseur d'assiettes? Est-ce que vous allez tuer le marchand de vin, monsieur?
— Non, dit Joe avec un peu d'aigreur, je ne vais pas le tuer.
Vous voilà rassuré maintenant, père?
— Et avec cela, un air militaire! dit M. Willet en l'examinant de la tête aux pieds; ne dirait-on pas d'un mangeur de braise, d'un avaleur d'eau bouillante? Et que signifient les crocus et les perce-neige que vous arborez à votre boutonnière, monsieur?
— Ce n'est qu'un petit bouquet, dit Joe en rougissant. Il n'y a pas de mal à ça, j'espère?
— Voilà un garçon bien entendu aux affaires, en vérité, dit M. Willet dédaigneusement, d'aller supposer que les marchands de vin se soucient de bouquets!
— Je ne suppose rien de pareil, répondit Joe. Qu'ils gardent leurs nez rouges pour flairer leurs bouteilles et leurs cruchons. Ces fleurs-ci vont chez M. Varden.
— Vous supposez donc qu'il s'inquiète beaucoup de vos crocus? demanda John.
— Je n'en sais rien, et, à dire vrai, je ne m'en soucie guère, dit Joe. Voyons, père, donnez-moi l'argent, et, au nom de la sainte patience, laissez-moi partir.
— Le voici, monsieur, répliqua John, ayez en soin. Songez à ne pas revenir trop tôt, pour mieux laisser reposer la jument. Vous m'entendez?