— À Chigwell, dit l'autre.

— À Chigwell? pour quoi faire alliez-vous là?

— Parce que, répondit-il, je voulais justement visiter l'homme sur lequel je suis tombé; parce que j'y étais entraîné par lui et par le Destin; parce que j'y étais poussé par quelque chose de plus fort que ma volonté. Quand je l'ai vu veiller dans la maison où elle demeurait, tant de nuits de suite, j'ai reconnu sur-le- champ que je ne pourrais jamais lui échapper… jamais! et quand j'ai entendu la cloche…»

Il frissonna; il marmotta entre ses dents qu'il faisait un froid glacé; il se promena à grands pas de long en large dans son étroit cachot, se rassit, et reprit son ancienne posture.

«Vous disiez donc, reprit l'aveugle après quelque temps de silence, que, lorsque vous avez entendu la cloche…

— Laissez la cloche tranquille, voulez-vous? répliqua l'autre d'une voix précipitée. Il me semble l'entendre encore.»

L'aveugle tourna vers lui sa figure attentive et curieuse, pendant que l'autre, sans y faire attention, continua de parler.

«J'étais allé à Chigwell pour y trouver l'émeute. J'avais été tellement traqué et poursuivi par cet homme, que je n'espérais plus de salut qu'en me cachant dans la foule. Ils étaient déjà partis; je me suis mis à les suivre, quand elle a cessé…

— Quand elle a cessé? qui donc?

— La cloche. Ils avaient quitté la place. J'espérais trouver encore quelque traînard attardé là, et j'étais à chercher dans les ruines, quand j'entendis… (Il tira péniblement son souffle de sa poitrine et passa sa manche sur son front)… quand j'entendis sa voix.