— Hugh… c'est Hugh. Pas davantage, vous savez bien. Ce n'est pas celui-là qui vous fera du mal. Comment! vous aviez peur de Hugh! ha! ha! ha! peur de ce bon gros vieux farceur de Hugh!

— Je vous demande qui il est, reprit l'autre d'un ton si farouche que Barnabé s'arrêta au beau milieu de ses éclats de rire, et recula quelques pas, le regardant d'un air de stupéfaction et de terreur.

— Dieu! êtes-vous sévère! vous me faites trembler, comme si vous n'étiez pas mon père. Pourquoi donc me parlez-vous comme cela?

— Je veux, répondit-il en repoussant la main que son fils, d'un air timide, posait, pour l'apaiser, sur sa manche, je veux une réponse, et au lieu de cela vous me répliquez par les plaisanteries et des questions. Quel est l'homme que vous venez d'amener dans notre cachette, pauvre imbécile? et où est l'aveugle?

— Je ne sais pas où il est. Sa maison était fermée. J'ai attendu, sans voir personne venir: ce n'est pas ma faute. Quant à celui-ci, c'est Hugh… le brave Hugh, qui a enfoncé cette odieuse prison pour nous délivrer. Ah! dites à présent que vous ne l'aimez pas, hein? n'est-ce pas que vous l'aimez?

— Pourquoi est-il couché par terre?

— Il a fait une chute, et puis il a trop bu. Les champs, les arbres, tout ça tourne, tourne, tourne autour de lui, et la terre lui manque sous les pieds. Vous le connaissez bien! vous vous le rappelez! Tenez! regardez-le.»

En effet ils étaient revenus à l'endroit où il était couché, et ils se baissèrent sur lui tous les deux pour voir sa figure.

«Bien! je me le rappelle, murmura le père. Pourquoi l'avez-vous amené ici?

— Parce qu'il aurait été tué, si je l'avais laissé là-bas. Si vous aviez vu comme on tirait des coups de fusil et comme le sang coulait! La vue du sang ne vous fait-elle pas trouver mal, mon père? Je vois bien que si, à votre figure. C'est comme moi… qu'est-ce que vous regardez donc?