— Faites, monsieur, faites ce qu'il vous dit, crièrent les trois amis, se pressant autour de son cheval.
— Monsieur Haredale, mon digne monsieur, mon brave gentleman, je vous en prie, laissez-vous persuader.
— Qu'est-ce que j'entends-là? répondit M. Haredale, se baissant pour mieux voir; n'est-ce pas la voix de Daisy?
— Oui, monsieur, répliqua le petit homme. Laissez-vous persuader, monsieur. Ce brave homme dit vrai. Votre vie peut en dépendre.
— Dites-moi, reprit Haredale brusquement, auriez-vous peur de venir avec moi?
— Moi, monsieur? n-o-n.
— Eh bien! mettez cette cocarde à votre chapeau. Si nous rencontrons ces gueux-là, vous leur jurerez que je vous emmène prisonnier, parce que vous la portez. Je leur en dirai autant moi- même: car, aussi vrai que j'espère le pardon du bon Dieu dans l'autre monde, je ne veux pas qu'ils me fassent grâce, pas plus que je ne leur ferai quartier, si nous en venons aux mains ce soir. Allons! sautez en croupe!… vite. Tenez-moi bien par la taille, et n'ayez pas peur.»
En un instant les voilà partis au grand galop, dans un nuage de poussière épaisse, et toujours courant devant eux, comme Robin des Bois.
Par bonheur que l'excellent coursier de Haredale connaissait bien la route: car pas une fois, pas une seule fois, dans tout le voyage, M. Haredale n'abaissa les yeux sur le sol, ni ne les détourna un moment de la clarté qui serrait de but et de fanal à leur course furieuse. Une fois il dit à demi-voix: «C'est ma maison.» Mais il ne desserra pas les dents davantage. Quand ils arrivaient à des endroits où le chemin était plus mauvais et plus sombre, il n'oubliait jamais de poser sa main sur le petit homme pour bien l'affermir en selle; mais il n'en continuait pas moins de garder la tête droite et les yeux fixés sur le feu, alors comme toujours.
La route n'était pas sans danger: car ils avaient quitté la grand'route pour prendre le plus court, toujours à bride abattue, par des ruelles et des sentiers solitaires, où les roues des charrettes avaient fait des ornières profondes, où le passage étroit était bordé de haies et de fossés, où l'on avait sur la tête une arcade de grands arbres qui épaississaient l'ombre et l'obscurité. Mais c'est égal, en avant, en avant, en avant, sans s'arrêter et sans broncher, jusqu'à la porte du Maypole, d'où ils purent voir que le feu commençait à s'éteindre, apparemment faute d'aliment.