Pendant qu'ils étaient là debout à écouter les échos lointains et à espérer en vain d'entendre quelque voix connue, des grains de poussière glissèrent du haut de cette tourelle en bas. Ému par le moindre bruit dans ce lieu sinistre, Salomon leva les yeux sur son compagnon, et vit qu'il venait de se retourner vers le même endroit, qu'il observait avec une grande attention: il était tout yeux et tout oreilles.

M. Haredale couvrit de sa main la bouche du petit homme, et se remit en observation. L'oeil en feu, il lui recommanda expressément, sur sa vie, de se tenir tranquille, sans parler et sans bouger. Puis, retenant son haleine, et marchant courbé en deux, il se glissa furtivement dans la tourelle, l'épée nue à la main, et disparut.

Effrayé de se voir laisser là tout seul, au milieu de cette scène de destruction, après tout ce qu'il avait vu, tout ce qu'il avait entendu ce soir même, Salomon l'aurait suivi, si l'air et les manières de M. Haredale n'avaient pas eu, en lui défendant d'avancer, quelque chose dont le souvenir le tenait, pour ainsi dire, enchanté. Il resta donc comme enraciné à la place où il était, osant à peine respirer, montrant dans tous ses traits un mélange de surprise et de crainte.

Encore des cendres qui glissent et roulent en bas… très, très doucement… puis encore… puis encore, comme si elles s'écrasaient sous un pied furtif. Et puis voici une figure qui se dessine dans l'ombre, grimpant très doucement aussi et s'arrêtant souvent pour regarder en bas; la voilà qui poursuit son ascension difficile, et qui disparaît aux yeux encore une fois!

La voici qui reparaît dans un jour obscur et douteux! elle est un peu plus haut, pas beaucoup, parce que le chemin est escarpé et pénible; elle ne peut avancer que lentement. Quel est donc le fantôme imaginaire qu'elle poursuit là-haut, et pourquoi donc est- elle toujours à regarder en bas? Cet homme ne sait-il pas qu'il est seul? Est-ce que par hasard il aurait perdu l'esprit dans les pertes cruelles qu'il a pu faire cette nuit? S'il allait se jeter la tête en bas du haut de ce mur chancelant! Salomon, dans sa frayeur, se sentait défaillir et joignait les mains. Ses jambes tremblaient sous lui; une sueur froide inondait son pâle visage.

S'il en avait eu la force, il aurait désobéi aux ordres de M. Haredale, mais il était incapable de prononcer un mot ou de faire un mouvement. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était de tenir sa vue fixe sur un petit coin de clair de lune où il allait voir sans doute apparaître la figure, si elle continuait de monter; et, quand il la verrait arriver là, il essayerait de l'appeler.

Encore des cendres qui glissent et tombent, des pierres qui roulent en bas avec un bruit, lourd et sourd. Salomon tenait sans cesse ses yeux tendus sur le coin de clair de lune. La figure avançait toujours, car on voyait déjà son ombre sur la muraille. Ah! la voilà qui reparaît… la voilà qui se retourne… la voilà…

Le sacristain, frappé d'horreur, avait poussé un cri qui avait percé l'air: «Le revenant! le revenant!» L'écho n'avait pas encore achevé de répéter ce cri, qu'une autre figure à son tour passait au clair de la lune, se jetait sur la première, la terrassait, lui mettait un genou sur la poitrine, et lui serrait la gorge avec ses deux mains.

«Scélérat! cria M. Haredale d'une voix terrible, car c'était lui, c'est donc toi qui, par une ruse infernale, te fais passer aux yeux des hommes pour mort et enterré, mais que le ciel avait réservé pour ce jour de vengeance. Enfin… enfin, je te tiens, toi dont les mains sont teintes du sang de mon frère et de celui de son fidèle serviteur que tu as répandu après, pour cacher ton premier crime! Toi, Rudge, double assassin, double monstre; je t'arrête au nom de Dieu, qui vient de te remettre entre mes mains. Non, non. Tu aurais la force de vingt hommes comme toi, ajouta-t- il en voyant que le meurtrier luttait contre ses étreintes, non, tu ne m'échapperas pas, tu resteras cette nuit dans mes serres.»

CHAPITRE XV.