— Je crois qu'il est très riche, Fred? poursuivit la nièce de
Scrooge; au moins, vous me l'avez toujours dit.
— Qu'importe sa richesse, ma chère amie, reprit son mari; elle ne lui est d'aucune utilité; il ne s'en sert pour faire du bien à personne, pas même à lui. Il n'a pas seulement la satisfaction de penser… ah! ah! ah!… que c'est nous qu'il en fera profiter bientôt.
— Tenez! je ne peux pas le souffrir,» continua la nièce.
Les soeurs de la nièce de Scrooge et toutes les autres dames présentes exprimèrent la même opinion.
«Oh! bien, moi, dit le neveu, je suis plus tolérant que vous; j'en suis seulement peiné pour lui, et jamais je ne pourrais lui en vouloir quand même j'en aurais envie, car enfin, qui souffre de ses boutades et de sa mauvaise humeur? Lui, lui seul. Ce que j'en dis, ce n'est pas parce qu'il s'est mis en tête de ne pas nous aimer assez pour venir dîner avec nous; car, après tout, il n'a perdu qu'un méchant dîner…
— Vraiment! eh bien! je pense, moi, qu'il perd un fort bon dîner», dit sa petite femme, l'interrompant.
Tous les convives furent du même avis, et on doit reconnaître qu'ils étaient juges compétents en cette matière, puisqu'ils venaient justement de le manger; dans ce moment, le dessert était encore sur la table, et ils se pressaient autour du feu à la lueur de la lampe.
«Ma foi! je suis enchanté de l'apprendre, reprit le neveu de Scrooge, parce que je n'ai pas grande confiance dans le talent de ces jeunes ménagères. Qu'en dites-vous, Topper?»
Topper avait évidemment jeté les yeux sur une des soeurs de la nièce de Scrooge, car il répondit qu'un célibataire était un misérable paria qui n'avait pas le droit d'exprimer une opinion sur ce sujet; et là-dessus, la soeur de la nièce de Scrooge, la petite femme rondelette que vous voyez là-bas avec un fichu de dentelles, pas celle qui porte à la main un bouquet de roses, se mit à rougir.
«Continuez donc ce que vous alliez nous dire, Fred, dit la petite femme en frappant des mains. Il n'achève jamais ce qu'il a commencé! Que c'est donc ridicule!»