Cette plaisanterie fut accueillie par un rire général.
«Il est probable, dit le même interlocuteur, que les chaises ne lui coûteront pas cher à l'église, non plus que les voitures; car, sur mon âme, je ne connais personne qui soit disposé à aller à son enterrement. Si nous faisions la partie d'y aller sans invitation!
— Cela m'est égal, s'il y a une collation, observa le monsieur à la loupe; mais je veux être nourri pour la peine.
— Eh bien! après tout, dit celui qui avait parlé le premier, je vois que je suis encore le plus désintéressé de vous tous, car je n'y allais pas pour qu'on me donnât des gants noirs, je n'en porte pas; ni pour sa collation, je ne goûte jamais; et pourtant je m'offre à y aller, si quelqu'un veut venir avec moi. C'est que, voyez-vous, en y réfléchissant je ne suis pas sûr le moins du monde de n'avoir pas été son plus intime ami, car nous avions l'habitude de nous arrêter pour échanger quelques mots toutes les fois que nous nous rencontrions. Adieu, messieurs; au revoir!»
Le groupe se dispersa et alla se mêler à d'autres. Scrooge reconnaissait tous ces personnages: il regarda l'esprit comme pour lui demander l'explication de ce qu'il venait d'entendre.
Le fantôme se glissa dans une rue et montra du doigt deux individus qui s'abordaient. Scrooge écouta encore, croyant trouver là le mot de l'énigme.
Il les reconnaissait également très bien; c'étaient deux négociants, riches et considérés. Il s'était toujours piqué d'être bien placé dans leur estime, au point de vue des affaires, s'entend, purement et simplement au point de vue des affaires.
«Comment vous portez-vous? dit l'un.
— Et vous? répondit l'autre.
— Bien! fit le premier. Le vieux Gobseck a donc enfin son compte, hein?