Le salon était l'espace séparé de la boutique par le rideau de loques. Le vieux marchand remua le feu avec un barreau brisé provenant d'une rampe d'escalier, et, après avoir ravivé sa lampe fumeuse (car il faisait nuit) avec le tuyau de sa pipe, il le retint dans sa bouche.
Pendant qu'il faisait ainsi les honneurs de son hospitalité, la femme qui avait déjà parlé jeta son paquet à terre, et s'assit, dans une pose nonchalante, sur un tabouret, croisant ses coudes sur ses genoux, et lançant aux deux autres comme un défi hardi.
«Eh bien! quoi? Qu'y a-t-il donc? Qu'est-ce qu'il y a, mistress Dilber? dit-elle. Chacun a bien le droit de songer à soi, je pense. Est-ce qu'il a fait autre chose toute sa vie, lui?
— C'est vrai, par ma foi! fit la blanchisseuse. Personne plus que lui.
— Eh bien! alors, vous n'avez pas besoin de rester là à vous écarquiller les yeux comme si vous aviez peur, bonne femme: les loups ne se mangent pas, je suppose.
— Bien sûr! dirent en même temps mistress Dilber et le croque- mort. Nous l'espérons bien.
— En ce cas, s'écria la femme, tout est pour le mieux. Il n'y a pas besoin de chercher midi à quatorze heures. Et d'ailleurs, voyez le grand mal. À qui est-ce qu'on fait tort avec ces bagatelles? Ce n'est pas au mort, je suppose?
— Ma foi, non, dit mistress Dilber en riant.
— S'il voulait les conserver après sa mort, le vieux grigou, poursuivit la femme, pourquoi n'a-t-il pas fait comme tout le monde? Il n'avait qu'à prendre une garde pour le veiller quand la mort est venue le frapper, au lieu de rester là à rendre le dernier soupir dans son coin, tout seul comme un chien.
— C'est bien la pure vérité, dit Mme Dilber. Il n'a que ce qu'il mérite.