L'excellent M. Chillip ne pouvait en vouloir longtemps à quelqu'un, surtout en un pareil moment. Il se glissa dans la salle à manger dès qu'il eut une minute de libre et dit à ma tante d'un ton affable:

«Eh bien, madame, je suis heureux de pouvoir vous féliciter!

— De quoi?» dit brusquement ma tante.

M. Chillip se sentit de nouveau troublé par la grande sévérité des manières de ma tante: il lui fit un petit salut, et tenta un léger sourire dans le but de l'apaiser.

«Miséricorde! qu'a donc cet homme? s'écria ma tante de plus en plus impatientée. Est-il muet?

— Calmez-vous, ma chère madame, dit M. Chillip de sa plus douce voix. Il n'y a plus le moindre motif d'inquiétude, madame. Soyez calme, je vous en prie.»

Je ne comprends pas comment ma tante put résister au désir de secouer M. Chillip jusqu'à ce qu'il fût venu à bout d'articuler ce qu'il avait à dire. Elle se borna à hocher la tête, mais avec un regard qui le fit frissonner.

«Eh bien, madame, reprit M. Chillip dès qu'il eut retrouvé un peu de courage, je suis heureux de pouvoir vous féliciter. Tout est fini, madame, et bien fini.»

Pendant les cinq ou six minutes qu'employa M. Chillip à prononcer cette harangue, ma tante l'observa curieusement.

«Comment va-t-elle? dit ma tante en croisant les bras, son chapeau toujours pendu à son poignet gauche.