— Eh bien, madame, elle sera bientôt tout à fait bien, j'espère, répondit M. Chillip. Elle est aussi bien que possible, pour une jeune mère qui se trouve dans une si triste situation. Je n'ai aucune objection à ce que vous la voyiez, madame. Cela lui fera peut-être du bien.

— Et elle, comment va-t-elle?» demanda vivement ma tante.

M. Chillip pencha encore un peu plus la tête et regarda ma tante d'un air câlin.

«L'enfant, dit ma tante, comment va-t-elle?

— Madame, répondit M. Chillip, je me figurais que vous le saviez.
C'est un garçon.»

Ma tante ne dit pas un mot; elle saisit son chapeau par les brides, le lança comme une fronde à la tête de M. Chillip, le remit tout bosselé sur sa propre tête, sortit de la chambre et n'y rentra pas. Elle disparut comme une fée de mauvaise humeur ou comme un de ces êtres surnaturels, que j'étais, disait-on, appelé à voir par le privilège de ma naissance; elle disparut et ne revint plus.

Mon Dieu, non. J'étais couché dans mon berceau, ma mère était dans son lit et Betsy Trotwood Copperfield était pour toujours dans la région des rêves et des ombres, dans cette région mystérieuse d'où je venais d'arriver; la lune, qui éclairait les fenêtres de ma chambre, se reflétait au loin sur la demeure terrestre de tant de nouveaux venus comme moi, aussi bien que sur le monticule sous lequel reposaient les restes mortels de celui sans lequel je n'aurais jamais existé.

CHAPITRE II.

J'observe.

Les premiers objets que je retrouve sous une forme distincte quand je cherche à me rappeler les jours de ma petite enfance, c'est d'abord ma mère, avec ses beaux cheveux et son air jeune. Ensuite c'est Peggotty; elle n'a pas d'âge, ses yeux sont si noirs qu'ils jettent une nuance sombre sur tout son visage; ses joues et ses bras sont si durs et si rouges que jadis, il m'en souvient, je ne comprenais pas comment les oiseaux ne venaient pas la becqueter plutôt que les pommes.