«C'est un petit chat, dit M. Peggotty en la caressant doucement.

— Oui, c'est un petit chat! s'écria Ham, oui M. David, oui!» et il la regardait en éclatant de rire avec un mélange d'admiration et de ravissement, qui lui rendait la figure rouge comme une fraise.

Le fait est que tout le monde gâtait la petite Émilie, et M. Peggotty plus que personne; elle lui faisait faire tout ce qu'elle voulait, rien qu'en approchant sa joue de ses gros favoris. Du moins c'était mon opinion quand je la voyais le caresser, et je trouvais que M. Peggotty avait bien raison; elle était si affectueuse et si douce, elle avait des regards à la fois si fins et si timides, qu'elle me gagna le coeur plus que jamais.

Elle était aussi très-compatissante, et quand M. Peggotty, tout en fumant sa pipe le soir auprès du feu, fit une allusion à la perte que je venais de faire, les yeux d'Émilie se remplirent de larmes, et elle me regarda avec tant de bonté de l'autre côté de la table, que j'en fus très-reconnaissant.

«Ah! dit M. Peggotty en prenant dans sa main les boucles de sa petite Émilie et en les laissant retomber une à une; voilà une orpheline, voyez-vous, monsieur! et voilà un orphelin! continua M. Peggotty en donnant à Ham du revers de son poing un coup vigoureux dans la poitrine, quoiqu'il n'en ait guère l'air.

— Si je vous avais pour tuteur, monsieur Peggotty, dis-je en secouant la tête, je crois que je ne me sentirais guère orphelin non plus.

— Bien dit, monsieur David! s'écria Ham avec enthousiasme.
Hourra! Bien dit! Vous avez bien raison!» et il rendit à
M. Peggotty son coup de poing, pendant que la petite Émilie se
leva pour embrasser M. Peggotty.

«Et comment va votre ami, monsieur? me demanda M. Peggotty.

— M. Steerforth? dis-je.

— Ah! voilà le nom, cria M. Peggotty se tournant vers Ham; je savais bien que c'était quelque chose comme ça.