«Agnès, dis-je d'une voix tremblante, bonté du ciel, Agnès!
— Chut! je vous en prie! répondit-elle sans que je pusse comprendre pourquoi. Vous dérangez vos voisins. Regardez le théâtre.»
J'essayai, sur son ordre, de voir et d'entendre quelque chose de ce qui se passait, mais ce fut inutile. Je la regardai de nouveau, et je la vis se cacher dans son coin et appuyer son front sur sa main gantée.
«Agnès, lui dis-je, j'aipeurquevousn'soyezsouffrante.
— Non, non, ne faites pas attention à moi, Trotwood, repliqua-t- elle. Écoutez-moi. Partez-vous bientôt?
— Sij'm'envaisbientôt? répétai-je.
— Oui.»
N'avais-je pas la sotte idée de lui répondre que j'attendrais pour lui donner le bras en descendant! Je suppose que j'en exprimai quelque chose, car, après m'avoir regardé attentivement un moment, elle parut comprendre, et répliqua à voix basse:
«Je sais que vous allez faire ce que je vous demande, quand je vous dirai que j'y tiens beaucoup. Allez-vous-en tout de suite, Trotwood, pour l'amour de moi, et priez vos amis de vous ramener chez vous.»
Sa présence avait déjà produit assez d'effet sur moi, pour que je me sentisse tout honteux malgré ma colère, et avec un bref «booir» (qui voulait dire «bonsoir»), je me levai et je sortis. Steerforth me suivit, et je ne fis qu'un pas de la porte de ma loge à celle de ma chambre à coucher où je me trouvai seul avec lui; il m'aidait à me déshabiller, pendant que je lui disais alternativement qu'Agnès était ma soeur, et que je le conjurais de m'apporter le tire-bouchon pour déboucher une autre bouteille de vin.