Je me levai à la pointe du jour, et m'étant habillé sans bruit, j'entr'ouvris sa porte. Il dormait profondément, paisiblement couché la tête sur son bras, comme je l'avais vu souvent dormir à la pension.
Le temps vint, et ce ne fut pas long, où je me demandai comment il se faisait que rien n'eût troublé son repos au moment où je le vis alors; mais il dormait…, comme j'aime encore à me le représenter, comme je l'avais vu souvent dormir à la pension. À cette heure du silence, je le quittai:
«Pour ne plus jamais, ô Steerforth, Dieu vous pardonne! toucher, avec un sentiment de tendresse et d'amitié, votre main, en ce moment insensible… Oh! non, non; plus jamais!»
CHAPITRE XXX.
Une perte.
J'arrivai le soir à Yarmouth et j'allai à l'auberge. Je savais que la chambre de réserve de Peggotty, ma chambre, devait être bientôt occupée par un autre, si ce grand Visiteur à qui tous les vivants doivent faire place n'était pas déjà arrivé dans la maison. Je me rendis donc à l'hôtel pour y dîner et pour y retenir un lit.
Il était dix heures de soir quand je sortis. La plupart des boutiques étaient fermées, et la ville était triste. Lorsque j'arrivai devant la maison d'Omer et Joram, les volets étaient déjà fermés, mais la porte de la boutique était encore ouverte. Comme j'apercevais, dans le lointain, M. Omer qui fumait sa pipe, près de la porte de l'arrière-boutique, j'entrai, et lui demandai comment il se portait.
«Sur mon âme, est-ce bien vous? dit M. Omer. Comment allez-vous? prenez un siège. La fumée ne vous incommode pas, j'espère?
— Pas du tout, au contraire, je l'aime… dans la pipe d'un autre.
— Pas dans la vôtre? dit M. Omer en riant. Tant mieux, monsieur, mauvaise habitude pour les jeunes gens. Asseyez-vous; moi, si je fume, c'est à cause de mon asthme.»