— Oui, dit-il lentement, oui, Barkis veut bien.

— Mais vous serez demain de retour à Blunderstone, monsieur Barkis, lui dis-je (et mon coeur se serrait à la pensée que moi j'en serais bien loin), il vous serait plus facile de faire votre commission vous-même.»

Mais il me fit signe de la tête que non, et répéta de nouveau du ton le plus grave: «Barkis veut bien. Voilà tout.» Je promis de transmettre exactement la chose. Et ce jour-là même en attendant à Yarmouth la diligence, je me procurai un encrier et une feuille de papier, et j'écrivis à Peggotty un billet ainsi conçu:

«Ma chère Peggotty, je suis arrivé ici à bon port. Barkis veut bien. Mes tendresses à maman. Votre bien affectionné,

«Davy.»

«P. S. Il tient beaucoup à ce que vous sachiez que Barkis veut bien

Lorsque j'eus fait cette promesse, M. Barkis retomba dans un silence absolu; quant à moi, je me sentais épuisé par tout ce qui m'était arrivé récemment, et me laissant tomber sur une couverture, je m'endormis. Mon sommeil dura jusqu'à Yarmouth, qui me parut si nouveau et si inconnu dans l'hôtel où nous nous arrêtâmes, que j'abandonnai aussitôt le secret espoir que j'avais eu jusqu'alors d'y rencontrer quelque membre de la famille de M. Peggotty, peut-être même la petite Émilie.

La diligence était dans la cour, parfaitement propre et reluisante, mais on n'avait pas encore attelé les chevaux, et dans cet état il me semblait impossible qu'elle allât jamais jusqu'à Londres. Je réfléchissais sur ce fait, et je me demandais ce que deviendrait définitivement ma malle, que M. Barkis avait déposée dans la cour, après avoir fait tourner sa carriole, et ce que je deviendrais moi-même, lorsqu'une dame mit la tête à une fenêtre où étaient suspendus quelques gigots et quelques volailles, et me dit:

«Êtes-vous le petit monsieur qui vient de Blunderstone?

— Oui, madame, dis-je.