— Votre nom? demanda la dame.
— Copperfield, madame, dis-je.
— Ce n'est pas ça, reprit la dame. On n'a pas commandé à dîner pour une personne de ce nom?
— Est-ce Murdstone, madame? dis-je.
— Si vous êtes le jeune Murdstone, dit la dame, pourquoi commencez-vous par me dire un autre nom?»
Je lui expliquai ce qu'il en était, elle sonna et cria: «William, montrez à monsieur la salle à manger» sur quoi un garçon arriva en courant, de la cuisine qui était de l'autre côté de la cour, et parut très-surpris de voir que c'était pour moi seul qu'on le dérangeait.
C'était une grande chambre, garnie de grandes cartes de géographie. Je crois que, quand les cartes auraient été de vrais pays étrangers, au milieu desquels on m'aurait lancé comme une bombe, je ne me serais pas senti plus dépaysé. Il me semblait que je prenais une étrange liberté d'oser m'asseoir, ma casquette à la main, sur un coin de la chaise la plus rapprochée de la porte, et lorsque je vis le garçon mettre une nappe sur la table, tout exprès pour moi, et y placer une salière, je suis sûr que je devins tout rouge de modestie.
Il m'apporta des côtelettes et des légumes, et enleva les couvercles des plats avec tant de brusquerie que j'avais la plus grande peur de l'avoir apparemment offensé. Mais je me sentis rassuré en le voyant mettre une chaise pour moi devant la table, et me dire du ton le plus affable: «Maintenant, mon petit géant, asseyez-vous.»
Je le remerciai et je m'établis devant la table; mais il me semblait extraordinairement difficile de manier un peu adroitement mon couteau ou ma fourchette, ou d'éviter de jeter de la sauce sur moi, tant que le garçon serait là debout en face de moi, ne me quittant pas des yeux, et me faisant rougir jusqu'aux oreilles chaque fois que je le regardais. Lorsqu'il me vit entamer la seconde côtelette:
«Voilà, dit-il, une demi-pinte d'ale pour vous. La voulez-vous à présent.