— C'était peu judicieux de ma part, monsieur, je suis tout prêt à le reconnaître, dit M. Mell; je ne l'aurais pas fait, si je n'avais pas été poussé à bout.»

Ici Steerforth intervint.

«Il a dit que j'étais lâche et bas; alors je l'ai appelé un mendiant. Peut-être ne l'aurais-je pas appelé mendiant, si je n'avais pas été en colère; mais je l'ai fait, et je suis tout prêt à en supporter les conséquences.»

Je me sentis tout glorieux de ces nobles paroles, sans probablement me rendre compte que Steerforth n'avait pas grand'chose à redouter. Tous les élèves eurent la même impression que moi, car il y eut un murmure d'approbation, quoique personne n'ouvrît la bouche.

«Je suis surpris, Steerforth, bien que votre franchise vous fasse honneur, dit M. Creakle, certainement, elle vous fait honneur; mais cependant je dois le dire, Steerforth, je suis surpris que vous ayez prononcé une semblable épithète en parlant d'une personne employée et salariée dans Salem-House, monsieur.»

Steerforth fit entendre un petit rire.

«Ce n'est pas une réponse, monsieur, dit M. Creakle, j'attends de vous quelque chose de plus, Steerforth.»

Si un moment auparavant M. Mell m'avait paru bien vulgaire auprès de la noble figure de mon ami, je ne saurais dire combien M. Creakle me semblait plus vulgaire encore.

«Qu'il le nie! dit Steerforth.

— Comment! qu'il nie être un mendiant, Steerforth? s'écria
M. Creakle. Est-ce qu'il mendie par les chemins?