«Tous les soirs, continua M. Peggotty, à la tombée de la nuit, la chandelle sera placée comme à l'ordinaire à la fenêtre, afin que, s'il lui arrivait un jour de la voir, elle croie aussi l'entendre l'appeler doucement: «Reviens, mon enfant, reviens!» Si jamais on frappe à la porte de votre tante, le soir, Ham, surtout si on frappe doucement, n'allez pas ouvrir vous-même. Que ce soit elle, et non pas vous, qui voie d'abord ma pauvre enfant!»

Il fit quelques pas et marcha devant nous un moment. Durant cet intervalle, je jetai encore les yeux sur Ham et voyant la même expression sur son visage, avec son regard toujours fixé sur la lueur lointaine, je lui touchai le bras.

Je l'appelai deux fois par son nom, comme si j'eusse voulu réveiller un homme endormi, sans qu'il fît seulement attention à moi. Quand je lui demandai enfin à quoi il pensait, il me répondit:

«À ce que j'ai devant moi, M. David, et par delà.

— À la vie qui s'ouvre devant vous, vous voulez dire?»

Il m'avait vaguement montré la mer.

«Oui, M. David. Je ne sais pas bien ce que c'est, mais il me semble… que c'est tout là-bas que viendra la fin.» Et il me regardait comme un homme qui se réveille, mais avec le même air résolu.

«La fin de quoi? demandai-je en sentant renaître mes craintes.

— Je ne sais pas, dit-il d'un air pensif. Je me rappelais que c'est ici que tout a commencé et… naturellement je pensais que c'est ici que tout doit finir. Mais n'en parlons plus, M. David, ajouta-t-il en répondant, je pense, à mon regard, n'ayez pas peur: c'est que, voyez-vous, je suis si barbouillé, il me semble que je ne sais pas…» et, en effet, il ne savait pas où il en était et son esprit était dans la plus grande confusion.

M. Peggotty s'arrêta pour nous laisser le temps de le rejoindre et nous en restâmes là; mais le souvenir de mes premières craintes me revint plus d'une fois, jusqu'au jour où l'inexorable fin arriva au temps marqué.