Tout cela me fit faire de sérieuses réflexions, et me présenta nos erreurs sous un nouvel aspect; je ne pus m'empêcher de le dire à Dora un soir, en dépit de ma tendresse pour elle.
«Mon amour, lui dis-je, il m'est très-pénible de penser que la mauvaise administration de nos affaires ne nuit pas à nous seulement (nous en avons pris notre parti), mais qu'elle fait tort à d'autres.
— Voilà bien longtemps que vous n'aviez rien dit, n'allez-vous pas maintenant redevenir grognon! dit Dora.
— Non, vraiment, ma chérie! Laissez-moi vous expliquer ce que je veux dire.
— Je n'ai pas envie de le savoir.
— Mais il faut que vous le sachiez, mon amour. Mettez Jip par terre.»
Dora posa le nez de Jip sur le mien, en disant: «Boh! boh!» pour tâcher de me faire rire; mais voyant qu'elle n'y réussissait pas, elle renvoya le chien dans sa pagode, et s'assit devant moi, les mains jointes, de l'air le plus résigné.
«Le fait est, repris-je, mon enfant, que voilà notre mal qui se gagne; nous le donnons à tout le monde autour de nous!»
J'allais continuer dans ce style figuré, si le visage de Dora ne m'avait pas averti qu'elle s'attendait à me voir lui proposer quelque nouveau mode de vaccine, ou quelque autre remède médical, pour guérir ce mal contagieux dont nous étions atteints. Je me décidai donc à lui dire tout bonnement:
«Non-seulement, ma chérie, nous perdons de l'argent et du bien- être, par notre négligence; non seulement notre caractère en souffre parfois, mais encore nous avons le tort grave de gâter tous ceux qui entrent à notre service, ou qui ont affaire à nous. Je commence à craindre que tout le tort ne soit pas d'un seul côté, et que, si tous ces individus tournent mal, ce ne soit parce que nous ne tournons pas bien non plus nous-mêmes.