Je pose ma tête près de la sienne sur l'oreiller; elle plonge ses yeux dans les miens et me parle tout doucement. Petit à petit, à mesure qu'elle avance, je sens, le coeur brisé, qu'elle me parle d'elle-même comme au passé.
«Je crois, mon ami, que j'étais trop jeune. Je ne parle pas seulement de mon âge, j'étais trop jeune d'expérience, de pensées, trop jeune en tout. J'étais une pauvre petite créature. Peut-être eût-il mieux valu que nous ne nous fussions aimés que comme des enfants, pour l'oublier ensuite? Je commence à craindre que je ne fusse pas en état de faire une femme.»
J'essaye d'arrêter mes larmes, et de lui répondre: «Oh! Dora, mon amour, vous ne l'étiez pas moins que moi de faire un mari!
— Je n'en sais rien. Et elle secouait comme jadis ses longues boucles. Peut-être. Mais si j'avais été plus en état de me marier, cela vous aurait peut-être fait du bien aussi. D'ailleurs, vous avez beaucoup d'esprit et moi je n'en ai pas.
— Est-ce que nous n'avons pas été très-heureux, ma petite Dora?»
— Oh! moi, j'ai été bien heureuse, bien heureuse. Mais, avec le temps, mon cher mari se serait lassé de sa femme-enfant. Elle aurait été de moins en moins sa compagne. Il aurait senti tous les jours davantage ce qui manquait à son bonheur. Elle n'aurait pas fait de progrès. Cela vaut mieux ainsi.
— Ô Dora, ma bien-aimée, ne me dites pas cela. Chacune de vos paroles a l'air d'un reproche!
— Vous savez bien que non, répond-elle en m'embrassant. Ô mon ami, vous n'avez jamais mérité cela de moi, et je vous aimais bien trop pour vous faire, sérieusement, le plus petit reproche; c'était mon seul mérite, sauf celui d'être jolie, du moins vous le trouviez… Êtes-vous bien seul en bas David?
— Oh! oui, bien seul!
— Ne pleurez pas… Mon fauteuil est-il toujours là!