— À son ancienne place.
— Oh! comme mon pauvre ami pleure! Chut! Chut! Maintenant promettez-moi une chose. Je veux parler à Agnès. Quand vous descendrez, priez Agnès de monter chez moi, et pendant que je causerai avec elle, que personne ne vienne, pas même ma tante. Je veux lui parler à elle seule. Je veux parler à Agnès toute seule!»
Je lui promets de lui envoyer tout de suite Agnès; mais je ne peux pas la quitter; j'ai trop de chagrin.
«Je vous disais que cela valait mieux ainsi! murmure-t-elle en me serrant dans ses bras. Oh! David, plus tard vous n'auriez pas pu aimer votre femme-enfant plus que vous ne le faites; plus tard, elle vous aurait causé tant d'ennuis et de désagréments, que peut- être vous l'auriez moins aimée. J'étais trop jeune et trop enfant, je le sais. Cela vaut bien mieux ainsi!»
Je vais dans le salon et j'y trouve Agnès; je la prie de monter.
Elle disparaît, et je reste seul avec Jip.
Sa petite niche chinoise est près du feu; il est couché sur son lit de flanelle; il cherche à s'endormir en gémissant. La lune brille de sa plus douce clarté. Et mes larmes tombent à flots, et mon triste coeur est plein d'une angoisse rebelle, il lutte douloureusement contre le coup qui le châtie, oh! oui bien douloureusement.
Je suis assis au coin du feu, je songe, avec un vague remords, à tous les sentiments que j'ai nourris en secret depuis mon mariage. Je pense à toutes les petites misères qui se sont passées entre Dora et moi, et je sens combien on a raison de dire que ce sont toutes ces petites misères qui composent la vie. Et je revois toujours devant moi la charmante enfant, telle que je l'ai d'abord connue, embellie par mon jeune amour, comme par le sien, de tous les charmes d'un tel amour. Aurait-il mieux valu, comme elle me le disait, que nous nous fussions aimés comme des enfants, pour nous oublier ensuite? Coeur rebelle, répondez.
Je ne sais comment le temps se passe; enfin je suis rappelé à moi par le vieux compagnon de ma petite femme, il est plus agité, il se traîne hors de sa niche, il me regarde, il regarde la porte, il pleure parce qu'il veut monter.
«Pas ce soir, Jip! pas ce soir!» Il se rapproche lentement de moi, il lèche ma main, et lève vers moi ses yeux qui ne voient plus qu'à peine.
«Oh, Jip! peut-être plus jamais!» Il se couche à mes pieds, s'étend comme pour dormir, pousse un gémissement plaintif: il est mort.