«Oh! Agnès! venez, venez voir!»

Car Agnès vient de descendre en effet. Son visage est plein de compassion et de douleur, un torrent de larmes s'échappe de ses yeux, elle me regarde sans me dire un mot, sa main me montre le ciel!

«Agnès?»

C'est fini. Je ne vois plus rien; mon esprit se trouble, et au même instant, tout s'efface de mon souvenir.

CHAPITRE XXIV.

Les opérations de M. Micawber.

Ce n'est pas le moment de dépeindre l'état de mon âme sous l'influence de cet horrible événement. J'en vins à croire que l'avenir était fermé pour moi, que j'avais perdu à jamais toute activité et toute énergie, qu'il n'y avait plus pour moi qu'un refuge: le tombeau, je n'arrivai que par degrés à ce marasme languissant, qui m'aurait peut-être dominé dès les premiers moments, si mon affliction n'avait été troublée d'abord, et augmentée plus tard par des événements que je vais raconter dans la suite de cette histoire. Quoiqu'il en soit, ce qu'il y a de certain, c'est qu'il se passa un certain temps avant que je comprisse toute l'étendue de mon malheur; je croyais presque que j'avais déjà traversé mes plus douloureuses angoisses, et je trouvais une consolation à méditer sur tout ce qu'il y avait de beau et de pur dans cette histoire touchante qui venait de finir pour toujours.

À présent même, je ne me rappelle pas distinctement l'époque où on me parla de faire un voyage, ni comment nous fûmes amenés à penser que je ne trouverais que dans le changement de lieu et de distractions, la consolation et le repos dont j'avais besoin. Agnès exerçait tant d'influence sur tout ce que nous pensions, sur tout ce que nous disions, sur tout ce que nous faisions, pendant ces jours de deuil, que je crois pouvoir lui attribuer ce projet. Mais cette influence s'exerçait si paisiblement, que je n'en sais pas davantage.

Je commençais à croire que, lorsque j'associais jadis la pensée d'Agnès au vieux vitrail de l'église, c'était par un instinct prophétique de ce qu'elle serait pour moi, à l'heure du grand chagrin qui devait fondre un jour sur ma vie. En effet, à partir du moment que je n'oublierai jamais, où elle m'apparut debout, la main levée vers le ciel, elle fut, pendant ces heures si douloureuses, comme une sainte dans ma demeure solitaire; lorsque l'ange de la mort descendit près de Dora, ce fut sur le sein d'Agnès qu'elle s'endormit, le sourire sur les lèvres; je ne le sus qu'après, lorsque je fus en état d'entendre ces tristes détails. Quand je revins à moi, je la vis à mes côtés, versant des larmes de compassion, et ses paroles pleines d'espérance et de paix, son doux visage qui semblait descendre d'une région plus pure et plus voisine du ciel, pour se pencher sur moi, vinrent calmer mon coeur indocile, et adoucir mon désespoir.

Il faut poursuivre mon récit.