J'étais alors plus épuisé que je ne le croyais; je ne m'endormis que lorsque le ciel paraissait déjà à l'horizon, et la fatigue me tint au lit assez tard le lendemain. Je fus réveillé par la présence de ma tante à mon chevet, quoiqu'elle eût gardé le silence. Je sentis dans mon sommeil qu'elle était là, comme cela nous arrive quelquefois.
«Trot, mon ami, dit-elle en me voyant ouvrir les yeux, je ne pouvais pas me décider à vous réveiller. M. Peggotty est ici; faut-il le faire monter?»
Je répondis que oui; il parut bientôt.
«Maître Davy, dit-il quand il m'eut donné une poignée de main, j'ai remis à Émilie votre lettre, et voici le billet qu'elle a écrit après l'avoir lu. Elle vous prie d'en prendre connaissance et, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, d'être assez bon pour vous en charger.
— L'avez-vous lu?» lui dis-je.
Il hocha tristement la tête; je l'ouvris et je lus ce qui suit:
«J'ai reçu votre message. Oh! que pourrais-je vous dire pour vous remercier de tant de bonté et d'intérêt?
«J'ai serré votre lettre contre mon coeur. Elle y restera jusqu'au jour de ma mort. Ce sont des épines bien aiguës, mais elles me font du bien. J'ai prié par là-dessus. Oh! oui, j'ai bien prié. Quand je songe à ce que vous êtes, et à ce qu'est mon oncle, je comprends ce que Dieu doit être, et je me sens le courage de crier vers lui.
«Adieu pour toujours, mon ami; adieu pour toujours dans ce monde.
Dans un autre monde, si j'obtiens mon pardon, peut-être me
retrouverai-je enfant et pourrai-je venir alors vous retrouver?
Merci, et que Dieu vous bénisse! Adieu, adieu pour toujours!»
Voilà tout ce qu'il y avait dans sa lettre, avec la trace de ses larmes.