«Pardon, monsieur, seriez-vous malade?

— Non, c'est que j'ai été très-agité, et je suis fatigué.

— Est-ce qu'il y a quelque chose, monsieur? Monsieur James?

— Chut! lui dis-je. Oui, il est arrivé quelque chose, que j'ai à annoncer à mistress Steerforth. Est-elle chez elle?»

La jeune fille répondit d'un air inquiet que sa maîtresse sortait très-rarement à présent, même en voiture; qu'elle gardait la chambre, et ne voyait personne, mais qu'elle me recevrait. Sa maîtresse était dans sa chambre, ajouta-t-elle, et miss Dartle était près d'elle. «Que voulez-vous que je monte leur dire de votre part?»

Je lui recommandai de s'observer pour ne pas les effrayer, de remettre seulement ma carte et de dire que j'attendais en bas. Puis je m'arrêtai dans le salon, je pris un fauteuil. Le salon n'avait plus cet air animé qu'il avait autrefois, et les volets étaient à demi fermés. La harpe n'avait pas servi depuis bien longtemps. Le portrait de Steerforth, enfant, était là. À côté, le secrétaire où sa mère serrait les lettres de son fils. Les relisait-elle jamais? les relirait-elle encore?

La maison était si calme, que j'entendis dans l'escalier le pas léger de la petite servante. Elle venait me dire que mistress Steerforth était trop malade pour descendre; mais, que si je voulais l'excuser et prendre la peine de monter, elle serait charmée de me voir. En un instant, je fus près d'elle.

Elle était dans la chambre de Steerforth; et non pas dans la sienne: je sentais qu'elle l'occupait, un souvenir de lui, et que c'était aussi pour la même raison qu'elle avait laissé là, à leur place accoutumée, une foule d'objets dont elle était entourée, souvenirs vivants des goûts et des talents de son fils. Elle murmura, en me disant bonjour, qu'elle avait quitté sa chambre, parce que, dans son état de santé, elle ne lui était pas commode, et prit un air imposant qui semblait repousser tout soupçon de la vérité.

Rosa Dartle se tenait, comme toujours, auprès de son fauteuil. Du moment où elle fixa sur moi ses yeux noirs, je vis qu'elle comprenait que j'apportais de mauvaises nouvelles. La cicatrice parut au même instant. Elle recula d'un pas, comme pour échapper à l'observation de mistress Steerforth, et m'épia d'un regard perçant et obstiné qui ne me quitta plus.

«Je regrette de voir que vous êtes en deuil, monsieur, me dit mistress Steerforth.