— J'ai eu le malheur de perdre ma femme, lui dis-je.
— Vous êtes bien jeune pour avoir éprouvé un si grand chagrin, répondit-elle. Je suis fâchée, très-fâchée de cette nouvelle. J'espère que le temps vous apportera quelque soulagement.
— J'espère, dis-je en la regardant, que le temps nous apportera à tous quelque soulagement. Chère mistress Steerforth, c'est une espérance qu'il faut toujours nourrir, même au milieu de nos plus douloureuses épreuves.»
La gravité de mes paroles et les larmes qui remplissaient mes yeux l'alarmèrent. Ses idées parurent tout à coup s'arrêter, pour prendre un autre cours.
J'essayai de maîtriser mon émotion, quand je prononçai doucement le nom de son fils, mais ma voix tremblait. Elle se le répéta deux ou trois fois à elle-même à voix basse. Puis, se tournant vers moi, elle me dit, avec un calme affecté:
«Mon fils est malade?
— Très-malade.
— Vous l'avez vu?
— Je l'ai vu.
— Vous êtes réconciliés?»