— Monsieur, dit M. Littimer sans lever la tête, si mes yeux ne m'ont pas trompé, il y a ici un monsieur qui m'a connu autrefois. Il peut être utile à ce monsieur de savoir que j'attribue toutes mes folies passées à ce que j'ai mené une vie frivole au service des jeunes gens, et que je me suis laissé entraîner par eux à des faiblesses auxquelles je n'ai pas eu la force de résister. J'espère que ce monsieur, qui est jeune, voudra bien profiter de cet avertissement, monsieur, et ne pas s'offenser de la liberté que je prends; c'est pour son bien. Je reconnais toutes mes folies passées; j'espère qu'il se repentira de même de toutes les fautes et des péchés dont il a pris sa part.»
J'observai que plusieurs messieurs se couvraient les yeux de la main comme s'ils venaient d'entrer dans une église.
«Cela vous fait honneur, Vingt-huit: je n'attendais pas moins de vous… Avez-vous encore quelques mots à dire?
— Monsieur, reprit M. Littimer en levant légèrement, non pas les yeux, mais les sourcils seulement, il y avait une jeune femme d'une mauvaise conduite que j'ai essayé, mais en vain, de sauver. Je prie ce monsieur, si cela lui est possible, d'informer cette jeune femme, de ma part, que je lui pardonne ses torts envers moi, et que je l'invite à la repentance. J'espère qu'il aura cette bonté.
— Je ne doute pas, Vingt-huit, continua son interlocuteur, que le monsieur auquel vous faites allusion ne sente très-vivement, comme nous le faisons tous, ce que vous venez de dire d'une façon si touchante. Nous ne voulons pas vous retenir plus longtemps.
— Je vous remercie, monsieur, dit M. Littimer. Messieurs, je vous souhaite le bonjour; j'espère que vous en viendrez aussi, vous et vos familles, à reconnaître vos péchés et à vous amender.»
Là-dessus Vingt-huit se retira après avoir lancé un regard d'intelligence à Uriah. On voyait bien qu'ils n'étaient pas inconnus l'un à l'autre et qu'ils avaient trouvé moyen de s'entendre. Quand on ferma sur lui la porte de sa cellule, on entendait chuchoter de tout côté dans le groupe que c'était là un prisonnier bien respectable, un cas magnifique.
«Maintenant, Vingt-sept, dit M. Creakle rentrant en scène avec son champion, y a-t-il quelque chose qu'on puisse faire pour vous? Vous n'avez qu'à dire.
— Je vous demande humblement, monsieur, reprit Uriah en secouant sa tête haineuse, l'autorisation d'écrire encore à ma mère.
— Elle vous sera certainement accordée, dit M. Creakle.