— Vous m'avez connu longtemps avant mon entrée ici, et mon grand changement, monsieur Copperfield, dit Uriah en me regardant de telle manière que jamais je n'avais vu, même sur son visage, un plus atroce regard… Vous m'avez connu dans le temps où, malgré toutes mes fautes, j'étais humble avec les orgueilleux, et doux avec les violents; vous avez été violent envers moi une fois, monsieur Copperfield; vous m'avez donné un soufflet, vous savez!»

Tableau de commisération générale. On me lance des regards indignés.

«Mais je vous pardonne, monsieur Copperfield, dit Uriah faisant de sa clémence le sujet d'un parallèle odieux, impie, que je croirais blasphémer de répéter. Je pardonne à tout le monde. Ce n'est pas à moi de conserver la moindre rancune contre qui que ce soit. Je vous pardonne de bon coeur, et j'espère qu'à l'avenir vous dompterez mieux vos passions. J'espère que M. Wickfield et miss Wickfield se repentiront, ainsi que toute cette clique de pécheurs. Vous avez été visité par l'affliction, et j'espère que cela vous profitera, mais il vous aurait été encore plus profitable de venir ici. M. Wickfield aurait mieux fait de venir ici, et miss Wickfield aussi. Ce que je puis vous souhaiter de mieux, monsieur Copperfield, ainsi qu'à vous tous, messieurs, c'est d'être arrêtés et conduits ici. Quand je songe à mes folies passées et à mon état présent, je sens combien cela vous serait avantageux. Je plains tous ceux qui ne sont pas amenés ici.»

Il se glissa dans sa cellule au milieu d'un choeur d'approbation; Traddles et moi, nous nous sentîmes tout soulagés quand il fut sous les verrous.

Une conséquence remarquable de tout ce beau repentir, c'est qu'il me donna l'envie de demander ce qu'avaient fait ces deux hommes pour être mis en prison. C'était évidemment le dernier aveu sur lequel ils fussent disposés à s'étendre. Je m'adressai à un des deux gardiens qui, d'après l'expression de leur visage, avaient bien l'air de savoir à quoi s'en tenir sur toute cette comédie.

«Savez-vous, leur dis-je, tandis que nous suivions le corridor, quelle a été la dernière erreur du numéro vingt-sept.»

On me répondit que c'était un cas de banque.

«Une fraude sur la banque d'Angleterre? demandai-je.

— Oui, monsieur. Un cas de fraude, de faux et de complot, car il n'était pas seul; c'était lui qui menait la bande. Il s'agissait d'une grosse somme. On les a condamnés à la déportation perpétuelle. Vingt-sept était le plus rusé de la troupe, il avait su se tenir presque complètement dans l'ombre. Pourtant il n'a pu y réussir tout à fait. La banque n'a pu que lui mettre un grain de sel sur la queue… et ce n'était pas facile.

— Savez-vous le crime de Vingt-huit?