— Doutez-vous que je sois dans l'avenir ce que j'ai toujours été pour vous?
— Non, répondit-elle comme la première fois.
— Vous rappelez-vous ce que j'ai essayé de vous dire, lors de mon retour, chère Agnès, de la dette de reconnaissance que j'ai contractée envers vous, et de l'ardeur d'affection que je vous porte?
— Je me le rappelle très-bien, dit-elle doucement.
— Vous avez un secret, dis-je. Agnès, permettez-moi de le partager.»
Elle baissa les yeux: elle tremblait.
«Je ne pouvais toujours pas ignorer, Agnès, quand je ne l'aurais pas appris déjà par d'autres que par vous (n'est-ce pas étrange?) qu'il y a quelqu'un à qui vous avez donné le trésor de votre amour. Ne me cachez pas ce qui touche de si près à votre bonheur. Si vous avez confiance en moi (et vous me le dites, et je vous crois), traitez-moi en ami, en frère, dans cette occasion surtout!»
Elle me jeta un regard suppliant et presque de reproche; puis, se levant, elle traversa rapidement la chambre comme si elle ne savait où aller, et, cachant sa tête dans ses mains, elle fondit en larmes.
Ses larmes m'émurent jusqu'au fond de l'âme, et cependant elles éveillèrent en moi quelque chose qui ranimait mon courage. Sans que je susse pourquoi, elles s'alliaient dans mon esprit au doux et triste sourire qui était resté gravé dans ma mémoire, et me causaient une émotion d'espérance plutôt que de tristesse.
«Agnès! ma soeur! mon amie! qu'ai-je fait?