Je n'ai jamais pu découvrir si, dans sa dernière conversation avec moi, ma tante s'était permis une fraude pieuse, ou si elle s'était trompée sur l'état de mon âme. Tout ce qu'elle avait dit, me répéta-t-elle, c'est qu'Agnès allait se marier, et maintenant je savais mieux que personne si ce n'était pas vrai.

Notre mariage eut lieu quinze jours après. Traddles et Sophie, le docteur et mistress Strong furent seuls invités à notre paisible union. Nous les quittâmes le coeur plein de joie, pour monter tous deux en voiture. Je tenais dans mes bras celle qui avait été pour moi la source de toutes les nobles émotions que j'avais pu ressentir, le centre de mon âme, le cercle de ma vie, ma… ma femme! et mon amour pour elle était bâti sur le roc!

«Mon mari bien-aimé, dit Agnès, maintenant que je puis vous donner ce nom, j'ai encore quelque chose à vous dire.

— Dites-le-moi, mon amour.

— C'est un souvenir de la nuit où Dora est morte. Vous savez, elle vous avait prié d'aller me chercher?

— Oui.

— Elle m'a dit qu'elle me laissait quelque chose. Savez-vous ce que c'était?»

Je croyais le deviner. Je serrai plus près de mon coeur la femme qui m'aimait depuis si longtemps.

«Elle me dit qu'elle me faisait une dernière prière et qu'elle me laissait un dernier devoir à remplir.

— Eh bien?