— Je le crois, du moins, dit Dot.

— Ce n'a pas été sans peine, je suppose.

— C'est vrai.

Tackleton, le marchand de joujoux, connu sous le nom de Gruff et Tackleton, son ancienne maison de commerce quand il avait pour associé Gruff, Gruff le rébarbatif, Tackleton, était un homme dont la vocation avait été tout à fait incomprise de ses parents et de ses tuteurs. S'ils en avaient fait un prêteur d'argent, un procureur, un recors, il aurait jeté dans sa jeunesse sa gourme de mauvais sentiments, et après avoir fait beaucoup d'affaires louches, il aurait pu devenir aimable, ne fût-ce que par amour de la nouveauté et du changement. Mais rivé à la profession de fabricant de joujoux, il était devenu un ogre domestique, qui avait passé toute sa vie à s'occuper des enfants, et était leur implacable ennemi. Il méprisait tous les joujoux; il n'en aurait pas acheté pour tout au monde. Dans sa malice, il se plaisait à donner l'expression la plus grimaçante aux fermiers qui conduisaient les cochons au marché, au crieur public qui recherchait les consciences de procureurs perdues, aux vieilles femmes qui raccommodaient des bas ou qui découpaient un pâté, et autres personnages qui composaient son fond de boutique; son esprit jouissait, quand il faisait des vampires, des diables à ressorts enfoncés dans une boîte, destinés à faire peur aux enfants. C'était son seul plaisir, et il se montrait grand dans ces inventions. C'était un délice pour lui que d'inventer un croquemitaine ou un sorcier. Il avait mangé de l'argent pour faire fabriquer des verres de lanterne magique où le démon était représenté sous la forme d'un homard à figure humaine. Il en avait aussi perdu à faire faire des géants hideux. Il n'était pas peintre, mais avec un morceau de craie il indiquait à ses artistes par un simple trait, le moyen d'enlaidir la physionomie de ces monstres, qui étaient capables de troubler l'imagination des enfants de dix à douze ans pendant toutes leurs vacances.

Ce qu'il était pour les joujoux, il l'était, comme la plupart des hommes, pour toutes les autres choses. Vous pouvez donc supposer aisément que la grande capote verte qui descendait jusqu'au mollet, et qui était boutonnée jusqu'au menton, enveloppait un compagnon fort peu agréable.

Et pourtant, Tackleton le marchand de joujoux allait se marier; oui il allait se marier en dépit de tout cela, et il allait épouser une femme jeune et jolie.

Il n'avait pas du tout la mine d'un fiancé, dans la cuisine du voiturier, avec sa figure sèche, sa taille ficelée dans sa redingote, son chapeau rabattu sur le nez, ses mains fourrées au fond de ses poches, son oeil ricaneur où semblait s'être concentrée toute la noirceur de nombre de corbeaux. Pourtant il allait se marier.

— Dans trois jours, jeudi prochain, le dernier jour du premier mois de l'année, ce sera mon jour de noce, dit Tackleton.

Ai-je dit qu'il avait toujours un oeil grand ouvert, et l'autre presque fermé, et que l'oeil presque fermé était le plus expressif? Je ne crois pas l'avoir dit.

— C'est mon jour de noce, dit Tackleton en faisant sonner son argent.