— Parfaitement, comme vous en avez l'intention.
— J'étais assis à ce foyer la nuit passée, toute la nuit, s'écria le voiturier, à l'endroit même où elle s'asseyait habituellement près de moi, son doux visage regardant le mien. Je me rappelais toute sa vie, jour par jour; j'avais sa chère image présente devant moi quand je repassais ces souvenirs. Et, sur mon âme, elle est innocente, s'il existe quelqu'un pour juger l'innocent et le coupable.
Brave Grillon du Foyer! Loyales fées de la maison!
— La colère et la méfiance m'ont quitté, dit le voiturier, et il ne me reste que mon chagrin. Dans un malheureux moment, quelque ancienne connaissance, plus conforme à ses goûts et à son âge que moi, quittée peut-être à cause de moi, est revenue. Dans un malheureux moment, surprise, et n'ayant pas le temps de réfléchir à ce qu'elle faisait, elle s'est faite la complice de sa trahison en la cachant. Elle l'a vue la nuit dernière, dans l'entrevue dont nous avons été témoins. C'est un tort. Mais sauf cela, elle est innocente, si la vérité existe sur la terre.
— Si c'est votre opinion, commença Tackleton…
— Qu'elle s'en aille donc, poursuivit le voiturier, qu'elle s'en aille avec ma bénédiction pour tant d'heures de bonheur qu'elle m'a données, et avec mon pardon pour le chagrin qu'elle a pu me causer. Qu'elle s'en aille, et qu'elle jouisse de la paix de l'âme que je lui souhaite. Elle ne me haïra jamais. Elle apprendra à mieux m'aimer, lorsque je ne serai plus un fardeau pour elle, et qu'elle portera plus légèrement la chaîne que j'ai rivée pour elle. C'est aujourd'hui l'anniversaire du jour où je l'emmenai de sa maison, si peu pour son agrément. Elle y retournera aujourd'hui et je ne la troublerai plus. Son père et sa mère seront ici aujourd'hui — nous avions fait un projet pour passer ensemble cette journée — et ils l'emmèneront chez eux. Je puis la confier là ou ailleurs. Elle me quitte sans mériter de blâme, et elle vivra de même, j'en suis sûr. Si je meurs, — et je peux mourir pendant qu'elle sera encore jeune; j'ai tant perdu de courage: en quelques heures! — elle trouvera que je me suis souvenu d'elle et que je l'ai aimée jusqu'à la fin. Voilà, la fin de ce que vous m'avez montré. Maintenant c'est fini.
— Oh! non, John, ce n'est pas fini. Ne dites pas que c'est fini! Pas tout à fait encore. J'ai entendu vos nobles paroles. Je ne pourrais pas m'en aller en prétendant que j'ignore ce qui m'a inspiré une si profonde reconnaissance. Ne dites pas que c'est fini, jusqu'à ce que la cloche ait sonné encore une fois!
Elle était entrée peu après Tackleton, et était demeurée là. Elle n'avait jamais regardé Tackleton; mais elle avait fixé ses yeux sur son mari. Mais elle s'était tenue aussi loin de lui qu'elle l'avait pu; et quoiqu'elle parlât avec la plus vive tendresse, elle ne s'en approcha pas plus près.
— Aucune main ne peut faire sonner de nouveau pour moi les heures qui se sont écoulées, répondit le voiturier avec un faible sourire. Mais que ce soit ainsi, si vous le voulez, ma chère. L'heure sonnera bientôt. Ce que nous disions n'a pas d'importance. Je voudrais essayer de vous plaire en quelque chose de plus difficile.
— Bien, murmura Tackleton. Il faut que je m'en aille, car lorsque la cloche sonnera, il faudra que je sois en chemin pour l'église. Bonjour, John Peerybingle. Je suis fâché d'être privé de votre compagnie, fâché de la perdre en cette occasion.