— Pouviez-vous vous cacher ainsi, déguisé, dans la maison de votre vieil ami? continua le voiturier. Il y avait autrefois un garçon franc… combien d'années y a-t-il. Caleb, que nous avons ouï dire qu'il était mort et que nous l'avions?… qui n'aurait jamais fait cela.

— J'avais autrefois un ami généreux, dit Édouard; plutôt un père qu'un ami, qui ne m'aurait jamais jugé, ni moi ni personne autre, sans m'entendre. Vous étiez cet homme. Je suis donc certain que vous m'écouterez maintenant.

Le voiturier, jetant un regard troublé sur Dot qui se tenait encore à l'écart de lui, répondit: — C'est juste, je vous écouterai.

— Vous saurez que lorsque je partis d'ici, tout jeune garçon, dit Édouard, j'étais amoureux, et mon amour était payé de retour. C'était une très jeune fille, qui peut-être — vous pouvez me le dire — ne se rendait pas bien compte de ses sentiments. Mais je connaissais les miens, et j'avais une passion pour elle.

— Vous l'aviez! s'écria le voiturier. Vous!

— Oui, je l'avais, dit l'autre, et elle y répondait. Je l'ai toujours cru, et maintenant j'en suis sûr.

— Que le ciel me soit en aide! dit le voiturier. C'est le pire de tout.

— Constant envers elle, dit Édouard, je revenais plein d'espérance, après bien des épreuves et des périls, pour tenir ma promesse en exécution de notre vieux contrat, lorsque, à vingt milles d'ici, j'apprends qu'elle m'a manqué de parole, qu'elle m'a oublié, et qu'elle s'est unie à un homme plus riche que moi. Je n'avais pas l'intention de lui faire des reproches, mais je désirais la voir, et m'assurer que cela était vrai. J'espérais qu'elle y aurait été forcée contre son propre désir et malgré ses souvenirs. Ç'aurait été pour moi un faible soulagement, mais c'en aurait été un, je crois, et je vins ici. Pour connaître la vérité, la vérité vraie, observée librement par moi-même, juger par moi- même, sans intermédiaire de personne, sans user d'influence sur elle, — si j'en avais encore, — je me déguisai, vous savez comment, et je l'attendis sur la route, vous savez où. Vous n'aviez aucun soupçon sur moi, elle n'en avait pas non plus. — montrant Dot, — jusqu'à ce que, lui ayant dit un mot à l'oreille, près du feu, elle faillit me trahir.

— Mais lorsqu'elle sut qu'Édouard était vivant et qu'il revenait, dit Dot en sanglotant, parlant pour elle-même, comme elle avait brûlé jusque là de le faire, et lorsqu'elle eut connu son dessein, elle lui conseilla par tous les moyens de garder son secret; car son vieil ami John Peerybingle était d'une nature trop dénuée d'artifice, trop lourd en général, pour le garder pour lui, continua Dot, moitié riant, moitié sanglotant. Et lorsqu'elle… c'est-à-dire moi, John, dit en pleurant la petite femme, lorsqu'elle lui eut tout dit, comment sa bonne amie l'avait cru mort, comment elle s'était laissée persuader par sa mère de contracter un mariage qu'elle lui présentait comme avantageux, et lorsqu'elle… c'est encore moi, John… lui dit qu'ils n'étaient pas encore mariés — mais bien près de l'être — et que ce mariage ne serait qu'un sacrifice, s'il se faisait, car du côté de la jeune fille, il n'y avait pas d'amour, et quand il devint presque fou de joie en apprenant cela; alors elle… c'est-à-dire moi, … dit qu'elle s'entremettrait entre eux, comme elle l'avait fait souvent dans l'ancien temps, John, et qu'elle sonderait sa bonne amie, et qu'elle… encore moi, John… était sûre que ce qu'elle disait et pensait était juste. Et c'était juste, John! Et on les a amenés l'un à l'autre. John! Et ils se sont mariés il y a une heure, John! Et voilà le marié! Et Gruff et Tackleton mourra garçon! Et je suis une heureuse petite femme, May, que Dieu vous bénisse!

Cette petite femme était irrésistible, s'il est besoin de le dire, et jamais elle ne le fut autant que dans ses transports actuels. Jamais il n'y eut de félicitations plus affectueuses et plus délicieuses que celles qui accueillirent elle et le marié.