— C'est un heureux présage, John: cela a toujours été. Il n'y a rien de plus fait pour porter bonheur que d'avoir un grillon dons le foyer.

John la regarda comme si ses paroles faisaient naître dans sa tête la pensée que c'était elle qui était son grillon qui porte bonheur, et tout en convenant avec elle de l'heureux présage du Grillon, il n'expliqua pas davantage sa pensée.

— La première fois que j'ai entendu son chant, dit-elle, c'est le soir que vous m'amenâtes ici, que vous vîntes m'installer ici avec vous dans ma nouvelle maison, dont vous me faisiez la petite maîtresse. Il y a près d'un an de cela. Vous en souvenez-vous, John.

Oh oui. John s'en souvenait bien, je pense.

— Le chant du Grillon me souhaita la bienvenue. Il semblait si plein de promesses et d'encouragements. Il semblait me dire que vous seriez bon et gentil avec moi; que vous ne vous attendiez pas — je le craignais, John — à trouver une tête de femme âgée sur les épaules de votre jeune épouse si légère.

John lui appuya la main sur l'épaule et sur la tête, comme s'il voulait lui dire: Non, non! je ne me suis pas attendu à cela; j'ai été parfaitement content de ce que j'ai trouvé. Et il avait vraiment raison. Tout allait pour le mieux.

— Et tout ce que semblait chanter le grillon s'est vérifié; car vous avez été toujours pour moi le meilleur, le plus affectueux des maris. Notre maison a été heureuse, John; et c'est ce qui m'a fait aimer le Grillon.

— Et moi aussi! moi aussi, Dot!

— Je l'aime pour son chant qui fait naître en moi ces douces pensées. Quelquefois, à l'heure du crépuscule, lorsque je me sentais solitaire et triste, John, — avant que le baby fût ici, pour me tenir compagnie et pour égayer la maison; — lorsque je pensais combien vous seriez seul si je venais à mourir, son cri, cri, cri, semblait me rappeler une autre voix douce et chère qui faisait à l'instant évanouir mon rêve. Et lorsque j'avais peur, — j'avais peur autrefois, John, j'étais si jeune, — j'avais peur que notre mariage ne fût pas heureux. Moi, j'étais presque une enfant, et vous, vous ressembliez plus à mon tuteur qu'à mon mari. Je craignais que, malgré vos efforts, vous ne pussiez pas apprendre à m'aimer, quoique vous en eussiez l'espoir et que ce fût l'objet de vos prières. Le chant du Grillon me rendait courage, en me remplissant de confiance. Je pensais à tout cela ce soir, cher, pendant que j'étais assise à vous attendre, et j'aime le Grillon pour tout ce que je viens de vous dire.

— Et moi aussi, répondit John. Mais, Dot, que voulez-vous dire? que j'espérais apprendre vous aimer et que je le demandais à Dieu dans mes prières? J'ai appris cela bien avant de vous amener ici, pour être la petite maîtresse du Grillon, Dot.