— Oui, telle est notre intention, mon maître, et je me trompe fort, ou Tommy Codlin est en train de calculer ce que vous nous avez fait perdre en venant nous surprendre dans nos opérations. Rassurez-vous, Tommy, ça ne peut pas être grand'chose.»
Le petit homme accompagna ces derniers mots d'un clignement d'yeux qui voulait dire qu'il n'avait pas grande idée de l'état des finances des deux voyageurs.
M. Codlin, qui avait les manières brusques et moroses, répliqua en enlevant Polichinelle du sommet de la tombe et le rejetant dans la boîte:
«Je m'inquiète peu que nous ayons perdu un liard. Mais vous êtes trop inconsidéré. Si vous étiez devant le rideau, et si comme moi vous voyiez le public en face, vous connaîtriez mieux la nature humaine.
— Ah! Tommy, c'est bien ce qui vous a perdu, de vous attacher à cette branche d'industrie. Lorsque vous représentiez les revenants des drames réguliers dans les foires, vous croyiez à tout excepté aux revenants. Mais maintenant vous êtes un incrédule fini: vous ne croyez plus à rien. Jamais je n'ai vu d'homme changé aussi radicalement.
— N'importe! dit M. Codlin de l'air d'un philosophe mécontent. Je ne suis plus si bête: après cela, c'est peut-être un mal.
Tournant alors les figurines dans la botte, en homme qui les connaissait assez pour les mépriser, M. Codlin en retira une, et la soumettant à son associé:
«Voyez ça! Voilà la robe de Judy qui tombe encore en loques. Je parie que vous n'avez apporté ni fil ni aiguille?»
Le petit homme secoua et gratta tristement sa tête en présence de l'état déplorable où il voyait un de ses premiers rôles. Comprenant leur embarras, Nelly dit avec timidité:
«Monsieur, j'ai dans mon panier une aiguille et du fil. Voulez- vous que je vous raccommode cela? Je crois que j'y réussirai mieux que vous.»