«Monsieur, je n'ai pas paru suffisamment reconnaissant de ce que vous avez fait pour moi ce soir, mais je vous en remercie humblement et de tout coeur; Nelly en fait autant, et ses remercîments valent mieux que les miens. Je serais au regret si, en partant, vous emportiez l'idée que je ne suis pas assez pénétré de votre bonté ou que je n'ai pas souci de mon enfant… car certainement, cela n'est pas!
— Je n'en puis douter, dis-je, après ce que j'ai vu. Mais permettez-moi de vous adresser une question.
— Volontiers, monsieur; qu'est-ce?
— Cette charmante enfant, avec tant de beauté et d'intelligence, n'a-t-elle que vous au monde pour prendre soin d'elle? pas d'autre compagnie? d'autre guide?
— Non, non, dit-il, me regardant en face avec anxiété; non, et elle n'a pas besoin d'en avoir d'autre.
— Ne craignez-vous pas de vous méprendre sur les nécessités de son éducation et de son âge? Je suis certain de vos excellentes intentions; mais vous-même, êtes-vous bien certain de pouvoir remplir une mission comme celle-là? Je suis un vieillard ainsi que vous; vieillard, je m'intéresse à ce qui est jeune et plein d'avenir. Avouez-le, dans tout ce que j'ai vu cette nuit de vous et de cette petite créature, n'y a-t-il pas quelque chose qui peut mêler de l'inquiétude à cet intérêt?»
Mon hôte garda d'abord le silence, puis il répondit:
«Je n'ai pas le droit de m'offenser de vos paroles. Il est bien vrai qu'à certains égards nous sommes, moi l'enfant, et Nelly la grande personne, ainsi que vous avez pu le remarquer déjà. Mais que je sois éveillé ou endormi, la nuit comme le jour, malade ou en bonne santé, cette enfant est l'unique objet de ma sollicitude; et si vous saviez de quelle sollicitude, vous me regarderiez d'un oeil bien différent. Ah! c'est une vie pénible pour un vieillard, une vie pénible, bien pénible; mais j'ai devant moi un but élevé, et je ne le perds jamais de vue!»
En le voyant dans ce paroxysme d'exaltation fébrile, je me mis en devoir de reprendre un pardessus que j'avais déposé en entrant dans la chambre, résolu à ne rien dire de plus. Je vis avec étonnement la petite fille qui se tenait patiemment debout, avec un manteau sur le bras, et à la main un chapeau et une canne.
«Ceci n'est pas à moi, ma chère, lui dis-je.