— Non, répondit-elle tranquillement, c'est à mon grand-père.
— Mais il ne sort pas à minuit…
— Pardon, il va sortir, dit-elle en souriant.
— Mais vous? Qu'est-ce que vous devenez pendant ce temps-là, chère petite?
— Moi? Je reste ici naturellement. C'est comme cela tous les soirs.»
Je regardai le vieillard avec surprise: mais il était ou feignait d'être occupé du soin de s'arranger pour sortir. Mon regard se reporta de lui sur cette douce et frêle enfant. Toute seule! dans ce lieu sombre; seule, toute une longue et triste nuit!
Elle ne parut pas s'apercevoir de ma stupéfaction; mais elle aida gaiement le vieillard à mettre son manteau: lorsqu'il fut prêt, elle prit un flambeau pour nous éclairer. Voyant que nous ne la suivions pas assez vite, elle se retourna le sourire aux lèvres et nous attendit. La cause de mon hésitation n'avait pas échappé au vieillard; l'expression de sa physionomie le prouvait; mais il se borna à m'inviter, en inclinant la tête, à passer devant lui, et il garda le silence. Il ne me restait qu'à obéir.
Lorsque nous eûmes franchi la porte, l'enfant posa son flambeau à terre, me souhaita le bonsoir et leva vers moi son visage pour m'embrasser. Puis elle s'élança vers le vieillard, qui la serra dans ses bras et appela sur elle les bénédictions de Dieu.
«Dors bien, Nell, dit-il doucement, et que les anges gardiens veillent sur toi dans ton lit! N'oublie pas tes prières, ma mignonne.
— Non, certes, s'écria-t-elle avec ardeur; je suis si heureuse de prier!