— «N'a laissé que son nom… que son nom… Votre nom, quoi!» dans le cas où il vous viendrait soit des lettres, soit des paquets…
— Je n'ai rien à recevoir.
— Ou bien si quelqu'un vous demandait.
— Personne ne me demandera.
— Si, faute de savoir votre nom, il nous arrivait de commettre quelque erreur, ne dites pas, monsieur, qu'il y ait de ma faute. «Oh! n'accuse pas le barde…»
— Je n'accuserai personne, dit le locataire, avec une telle violence, qu'en une minute Richard se trouva sur l'escalier et entendit la porte se fermer entre lui et son interlocuteur.»
M. Brass et miss Sally étaient aux aguets, et il avait fallu que M. Swiveller sortît aussi brusquement pour qu'ils s'arrachassent à leur observation du trou de la serrure. Comme malgré tous leurs efforts ils n'avaient pu attraper un seul mot de la conversation, d'autant plus qu'ils avaient passé tout le temps à se disputer l'observatoire, sans pouvoir, il est vrai, faire autre chose que se pousser, se pincer, se livrer à cette muette pantomime, ils entraînèrent Richard à l'étude afin d'y entendre son rapport.
Ce rapport, M. Swiveller le leur fit exact en ce qui concernait les volontés et le caractère du gentleman, mais poétique au sujet de la grande malle, dont il fit une description plus remarquable par l'éclat de l'imagination que par la stricte peinture de la vérité. Il déclara avec nombre d'affirmations solennelles, qu'elle contenait un échantillon de toute espèce de mets délicieux et des meilleurs vins connus de nos jours; en outre, qu'elle avait la faculté d'agir au commandement, sans doute par un mouvement de pendule. Il leur donna aussi à entendre que l'appareil culinaire pouvait en deux minutes un quart rôtir une belle pièce d'aloyau de boeuf pesant environ six livres bon poids, comme il l'avait vu de ses propres yeux et reconnu au flair; il avait vu aussi, de quelque façon que l'effet se produisît, l'eau frémir et bouillonner le temps que le gentleman mettait à cligner de l'oeil. Toutes ces circonstances réunies l'amenaient à conclure que la locataire était ou un grand magicien ou un grand chimiste, tous les deux peut-être, et que son séjour dans la maison ne pourrait manquer de jeter un jour beaucoup d'éclat sur le nom de Brass et d'ajouter un nouvel intérêt à l'histoire de Bevis Marks.
Il y eut un point cependant sur lequel M. Swiveller ne jugea pas nécessaire de s'étendre, à savoir le «modeste rafraîchissement» qui, en raison de sa force intrinsèque et de ce qu'il était arrivé mal à propos sur les talons mêmes du breuvage modéré que M. Swiveller avait analysé à son dîner, éveilla chez lui un léger accès de fièvre et rendit nécessaire l'application de deux ou trois autres «modestes rafraîchissements» que M. Swiveller dut prendre à un cabaret voisin, dans le cours de la soirée.