«Êtes-vous là? dit miss Sally.
— Oui, madame, répondit une voix faible.
— Éloignez-vous de ce gigot de mouton; car je vous connais, vous tomberiez bientôt dessus.»
La jeune fille se retira dans un coin, tandis que miss Brass prenait une clef dans sa poche, ouvrait le garde-manger, en exhibait une affreuse pâtée de pommes de terre froides qui devaient être aussi tendres sous la dent qu'un caillou de granit. Elle mit le plat devant la petite servante, lui ordonna de s'asseoir en face; puis s'arma d'un grand couteau à découper et lui donna un coup pour l'aiguiser sur la grande fourchette.
«Voyez-vous ceci?» dit miss Brass, découpant une émincée de gigot de deux pouces de long après tous ces préparatifs, et élevant le morceau sur la pointe de la fourchette.
La petite servante fixa assez vivement son regard affamé sur ce lambeau pour l'envisager tout entier dans son exiguïté, et elle répondit: «Oui.
— Eh bien! alors n'allez plus dire qu'on ne vous nourrit pas ici.
Tenez, mangez.»
L'opération fut bientôt achevée.
«Maintenant, vous en faut-il davantage?» demanda miss Sally.
La créature affamée répondit faiblement: «Non.»