— C'est son habitude, dit mistress Quilp en dirigeant de ce côté un regard inquiet. Mais votre grand-père n'a pas toujours été sans doute aussi triste?

— Oh! non, dit vivement l'enfant. Quelle différence autrefois! Nous étions si heureux, si gais, si contents! Vous ne pouvez vous imaginer quel pénible changement nous avons subi depuis quelque temps.

— Que je regrette de vous entendre parler ainsi, ma chère!» s'écria mistress Quilp.

Et elle disait vrai.

«Je vous remercie, dit l'enfant l'embrassant sur les joues. Vous avez toujours été bonne pour moi, et c'est un plaisir de causer avec vous. Je ne puis parler de lui à personne, si ce n'est au pauvre Kit. Pour moi, je suis encore heureuse; je devrais peut- être me trouver plus heureuse que je ne le fais, mais vous ne pouvez concevoir combien cela m'afflige quelquefois de voir mon grand-père changer comme il fait.

— Peut-être, Nelly, changera-t-il encore, mais pour redevenir ce qu'il était autrefois.

— Oh! si Dieu voulait seulement qu'il en fût ainsi!… dit l'enfant en versant un ruisseau de larmes. Mais il y a longtemps déjà qu'il a commencé… Il me semble que j'ai vu cette porte remuer.

— C'est le vent, dit mistress Quilp d'une voix faible. Vous disiez donc qu'il a commencé…?

— Oui, à être si pensif, si abattu, à oublier la manière dont nous passions les longues soirées autrefois. J'avais l'habitude de lui faire la lecture au coin du feu; il était assis et m'écoutait. Quand je m'arrêtais et que nous nous mettions à causer, il m'entretenait de ma mère et me disait que je parlais tout à fait comme elle, que j'avais la même figure qu'elle, lorsqu'elle était une enfant de mon âge. Ensuite il me prenait sur ses genoux, et il s'efforçait de me faire comprendre que ma mère n'était pas dans un tombeau, mais qu'elle était partie pour un beau pays au delà des nuages, un beau pays où la vieillesse et la mort sont inconnues… Oh! nous étions bien heureux alors!

— Nelly! Nelly! s'écria la pauvre femme, je ne puis supporter de vous voir triste comme vous l'êtes à votre âge. De grâce, ne pleurez pas!…