Au bout de quelques instants de silence, la mère revint en ces termes à la question:
«Parlons sérieusement, Kit. J'avais d'abord voulu plaisanter. Oui, je crois comme vous que ce que vous faites est bon et utile, et je crois aussi que personne ne doit en rien savoir, quoiqu'un jour, je l'espère, Nelly doive l'apprendre, et je suis sûre qu'elle vous en serait bien reconnaissante. C'est une chose cruelle d'enfermer ainsi cette enfant. Je ne m'étonne pas si votre vieux maître se cache de vous pour agir de la sorte.
— Oh! par exemple! il ne croit pas agir cruellement… sinon, il ne le ferait pas pour tout l'or et l'argent du monde. Non, non!… Je le connais bien!
— Alors, pourquoi le fait-il, et d'où vient qu'il se cache de vous?
— Je l'ignore. Mais s'il ne s'était pas tant efforcé de me dérober sa conduite, je ne m'en serais pas douté; car si la curiosité m'a pris de savoir ce qu'il y avait là-dessous, c'est qu'il me faisait partir dès la nuit venue et me renvoyait beaucoup plus tôt qu'autrefois. Écoutez!… écoutez!… qu'est-ce que c'est?
— Un passant.
— Non, c'est quelqu'un qui vient ici… dit le jeune homme prêtant l'oreille; on marche à pas précipités. S'il était sorti depuis que je me suis éloigné!… et que le feu eût pris à la maison!…»
Kit voulut s'élancer; mais les idées sinistres qu'il avait conçues l'avaient comme paralysé. Le bruit des pas se rapprocha; la porte fut vivement ouverte: l'enfant elle-même, pâle, essoufflée, couverte à peine de quelques vêtements en désordre, se précipita dans la chambre.
«Miss Nelly!… Qu'y a-t-il? s'écrièrent à la fois la mère et le fils.
— Je ne puis rester ici qu'un seul moment, dit-elle; mon grand- père est très-malade… Je l'ai trouvé évanoui sur le carreau.