«Au bout de quelque temps, poursuivit le petit garçon en s'efforçant de lui prendre une de ses mains, les bons anges seront satisfaits de penser que vous n'êtes point parmi eux et que vous êtes restée ici pour être avec nous. Willy est allé les rejoindre; mais s'il avait su combien il allait me manquer, la nuit, dans notre petit lit, sûrement il ne m'aurait pas quitté.»
Nelly ne put pas encore lui répondre, elle sanglotait comme si son coeur était prêt à se briser.
«Pourquoi partiriez-vous, chère Nelly? Je sais que vous ne seriez pas heureuse si vous appreniez que nous pleurons à cause de votre perte. Ils disent que Willy est maintenant dans le ciel, où l'été dure toujours, et cependant je suis sûr qu'il s'afflige, quand je me couche sur son lit de gazon, de ne pouvoir revenir m'embrasser.»
Il ajouta en la caressant et en pressant son visage contre celui de Nelly:
«Mais si vous voulez absolument partir, au moins aimez bien Willy, pour l'amour de moi. Dites-lui combien je l'aime encore, combien je l'aimais; et quand je songerai que vous êtes tous deux ensemble, tous deux heureux, je tâcherai de supporter cela et jamais je ne vous causerai de peine en faisant quelque chose de mal. Oh! jamais, jamais!…»
Nelly laissa le petit garçon lui prendre les mains et se les mettre autour du cou. Il y eut alors un silence mêlé de larmes; mais il s'écoula peu de temps avant que Nelly regardât son petit ami avec un sourire et lui promît, d'une voix douce et calme, qu'elle resterait, et qu'il serait son ami tant que le ciel la laisserait sur terre. Il se frotta les mains avec joie et la remercia nombre de fois. Elle le pria de ne rien dire à personne de ce qui s'était passé entre eux, et il l'assura d'un accent chaleureux qu'il n'en dirait jamais rien.
En effet, Nelly n'entendit jamais dire qu'il en eût parlé: désormais il était de moitié dans ses promenades comme dans ses méditations, et jamais cependant il ne toucha un seul mot du sujet qu'il savait lui avoir fait de la peine, bien qu'il ne se rendît pas compte de la cause de ce chagrin. Il y avait encore en lui un certain sentiment de défiance: souvent, en effet, il venait même dans les soirées sombres, et d'une voix timide, s'informer, à travers la porte, si Nelly allait bien: quand on lui répondait que oui et qu'on l'invitait à entrer, il s'asseyait aux pieds de Nelly sur un petit tabouret et restait ainsi patiemment jusqu'à ce qu'on vint le chercher pour le ramener chez lui. Dès le matin, il ne manquait pas de rôder autour de la maison pour demander des nouvelles de Nelly; et soit le matin, soit dans la journée, soit enfin dans la soirée, il laissait là le jeu et ses compagnons de plaisir pour la suivre partout où elle allait.
Une fois le vieux fossoyeur dit à Nelly:
«C'est un bon petit garçon, tout de même. Quand son frère aîné mourut, … frère aîné, c'est cela qui est drôle, un frère aîné de sept ans, je me rappelle qu'il en fut frappé jusqu'au fond du coeur.»
Nelly songea à ce que le maître d'école lui avait dit de l'oubli où tombaient les morts, et elle jugea que son petit ami donnait un démenti à ce préjugé.