— Ce n'est pas ma faute.

— Est-ce que vous ne mangeriez pas bien du pain et de la viande? dit Richard décrochant son chapeau. Oui? Ah! je le pensais bien. Avez-vous jamais goûté de la bière?

— J'en ai bu une fois un petit coup.

— Quel état de choses! s'écria M. Swiveller levant ses yeux au plafond. Elle n'en a jamais goûté!… Car ce n'est pas en goûter que d'en boire un petit coup. Quel âge avez-vous?

— Je ne sais pas.»

M. Swiveller ouvrit de grands yeux et parut quelques moments pensif; alors ordonnant à la jeune fille de veiller à la porte jusqu'à ce qu'il fût de retour, il s'éloigna vivement.

Il ne tarda pas à revenir, suivi d'un garçon de taverne qui portait d'une main une assiettée de pain et de boeuf, et de l'autre un grand pot rempli d'une boisson très-odorante et d'un fumet agréable; espèce de bière d'absinthe supérieure, faite d'après une recette particulière que M. Swiveller avait enseignée au maître de l'établissement, à l'époque où il était fort endetté chez lui et où il lui importait de se concilier son amitié. À la porte, il déchargea le garçon de son fardeau qu'il remit à sa petite compagne en la pressant de l'emporter, de peur de surprise, à sa cuisine où il la suivit.

«Là! dit-il, en posant l'assiette devant elle. Avant tout, nettoyez-moi ça; et nous verrons après.»

La petite servante ne se le fit pas dire deux fois, et l'assiette fut bientôt vide.

«Maintenant, dit Richard lui tendant le pot, empoignez-moi ça; mais modérez vos transports, vous savez! car vous n'avez pas l'habitude de la chose. Eh bien! est-ce bon?