Cette explication ne lui suffisait pas, car toute satisfaisante qu'elle lui paraissait, elle était enveloppée de doute et de mystère. Aussi, M. Swiveller prit-il le parti de relever le rideau, bien déterminé cette fois à saisir la première occasion favorable pour adresser la parole à sa compagne. Cette occasion se présenta bientôt d'elle-même. La marquise donna les cartes, retourna un valet et oublia de marquer. Sur quoi, Richard dit le plus haut qu'il lui fut possible:
«Deux points au talon!»
La marquise fit un bond et frappa des mains.
«Toujours une nuit d'Arabie, rien de plus sûr, pensa M. Swiveller; les Génies frappent toujours des mains au lieu de tirer la sonnette. Voilà qu'elle appelle deux mille esclaves noirs portant sur leur tête des jarres pleines de joyaux.»
Elle avait frappé des mains, mais c'était de joie: car aussitôt elle commença à rire, puis elle se mit à pleurer, déclarant, non pas en beaux termes arabes, mais tout simplement en anglais familier, qu'elle était si heureuse qu'elle ne savait plus où elle en était:
«Marquise, dit Richard devenu pensif, veuillez, je vous prie, vous approcher. Avant tout, ayez la bonté de m'apprendre où je pourrai retrouver ma voix; puis, ce qu'est devenue ma chair?»
La marquise se contenta de secouer tristement la tête, et elle pleura de nouveau; là-dessus, M. Swiveller, qui était très-faible, sentit ses yeux mouillés aussi.
«Je commence à croire, d'après votre attitude et aussi d'après tout ce que je vois, marquise, dit Richard après une pause et en souriant d'une lèvre tremblante, que j'ai été malade.
— Si vous l'avez été!… répondit la petite servante en s'essuyant les yeux. Et comme vous avez eu le délire!
— Oh! marquise… j'ai donc été bien malade?