«Non, gardez-vous-en bien, lui répondis-je. J'aimerais mieux affronter une douzaine de balles de pistolet que de faire connaître à la banque mon manque de prévoyance. Cela me ruinerait pour la vie. Comptons d'abord l'argent de la sacoche: remettons-la tranquillement, si le compte est juste, à son destinataire qui habite aussi près d'ici, cherchons ensuite les traces du voleur.»

Ce n'était qu'une sacoche de cent guinées; nous ne les comptâmes pas néanmoins sans un tremblement nerveux. Il y manquait trois guinées, que nous pouvions heureusement suppléer de notre poche, grâce à nos appointements trimestriels tout récemment touchés. Je laissai Tom un instant seul, je remis la sacoche à sa destination, sans dire un mot du vol, et rejoignis mon compagnon.

«Maintenant il s'agit de savoir par où il s'en est allé!» dit Tom, reprenant un peu de son ancien air et brandissant sou pistolet comme le chef d'un choeur de bandits dans un mélodrame.

Je lui avais dit que, dans ma première stupéfaction, je n'avais pas remarqué de quel côté le voleur battait en retraite. Tom était un braconnier expérimenté, quoique fils d'un ecclésiastique: il eût pu donner un meilleur exemple.

«J'ai entendu un lièvre bouger à cent pas de distance, me répondit-il en collant son oreille contre la terre gelée; fût-il à un quart de mille, j'entendrai notre voleur se mouvoir.» Je me couchai à terre comme lui. Nous fîmes longtemps silence; on n'entendait que notre respiration et celle de notre vieux cheval.

«Chut! dit enfin Tom, il sort de son couvert; j'entends les pas d'un homme, bien loin à gauche. Prenez votre pistolet et venez avec moi.

Je pris donc le pistolet, dont je trouvai la pierre abaissée sur le bassinet; le voleur avait tiré sur moi avec ma propre arme. Il n'était pas étonnant qu'il eût tiré si vite et si mal, car Tom avoua qu'il croyait se souvenir d'avoir oublié de désarmer le pistolet.

«Que cela ne vous inquiète pas, dit Tom; s'il faut vous le dire? mon intention est de lui brûler d'abord la cervelle avec mon pistolet. Vous pouvez ensuite lui briser le crâne avec la crosse du vôtre. S'il faut vous le dire? il ne sert à rien d'épargner ces malfaiteurs. Je fais feu dès que je le vois.»

«Attendez au moins que je vous dise si c'est le voleur ou non.»

«Croyez-vous le reconnaître?»