Je vis en effet une figure d'homme se glisser silencieusement à travers la route et disparaître sous le porche du vieux cottage. Notre embarras était grand. Nous n'avions pas de lumière et nous ne connaissions aucunement les dispositions des lieux. Un autre quart d'heure carillonné par l'horloge, nous avertit que la nuit s'écoulait rapidement. Nous avions presque résolu de retourner sur nos pas si faire se pouvait, et de regagner l'endroit où nous avions laissé notre infortuné cheval, quand je sentis de nouveau dans mes côtes les coudes de mon ami Tom.

«S'il faut vous le dire?» murmura-t-il, «il se passe quelque chose ici;» et il me montra une faible lueur réfléchie sur les charpentes intérieures du toit, au-dessus de nos têtes.

Cette lueur sortait de la chambre voisine, le mur de séparation n'ayant pas été élevé plus haut que les solives transversales; en sorte que la toiture était commune aux deux chambres. Le mur même n'avait guère que sept ou huit pieds de haut. Nous pouvions donc entendre tout ce qu'on disait; mais on ne disait rien, et notre oreille épiait en vain le moindre son. Cependant la lumière continuait de brûler; on la voyait vaciller au-dessus du mur et se jouer dans le sombre chaume.

«S'il faut vous le dire? dit Tom, il nous serait aisé de voir dans la chambre voisine, en grimpant sur ces vieilles solives. Tenez mon pistolet tant que j'y sois monté; et, s'il faut vous le dire? il me sera aisé de le tuer de là.»

«Au nom du ciel, Tom! lui dis-je, prenez garde à ce que vous faites. Laissez-moi voir d'abord si c'est bien le voleur.»

«Alors, grimpez aussi,» dit Tom, qui, déjà à cheval sur une des solives, me tendit la main pour m'aider à monter. Nous étions tous deux de niveau avec le mur de séparation, et, en allongeant un peu la tête, nous pouvions voir tout ce qui se passait dans la chambre voisine. C'était une bien misérable chambre. Il y avait une petite table ronde et une couple de vieilles chaises; mais la plus profonde misère était le trait caractéristique de ce galetas désolé, sans feu, malgré le rigoureux hiver.

Une femme, bravant apparemment le froid, était assise près de la table et lisait un livre. La petite lampe, qui avait été allumée sans bruit, projetait à peine sa lueur sur le visage de la lectrice et sur son livre. Ses traits étaient pâles et défaits; mais elle était encore jeune et belle, ou du moins le mystère et l'étrangeté de cet incident répandaient un si grand intérêt sur sa personne, que je la trouvai telle. Ses vêtements étaient pauvres, et le châle; étroitement serré sur ses épaules, manifestait plutôt qu'il ne cachait leur exiguïté. Tout à coup nous vîmes à l'autre extrémité de la chambre une figure sortir de l'obscurité; Tom serra son pistolet d'une main plus ferme et l'arma, en prévenant le bruit avec son pouce. L'homme se tenait sur le seuil, comme s'il ne savait s'il devait entrer. Il regarda longtemps la femme qui continuait de lire; puis il s'approcha d'elle en silence. Elle entendit ses pas, leva la tête, et le regarda en face sans dire un mot. Je n'avais vu de ma vie une figure si pâle et si émue.

«Nous partirons demain, dit-il; j'ai quelque argent comme je l'espérais.» Et, en disant ces mots, il déposa sur la table, devant elle, trois guinées d'or. Cependant elle continua de se taire, et elle épiait ses traits la bouche à demi-béante.

«S'il faut vous le dire? dit Tom, à n'en pas douter, c'est notre argent. Est-ce bien là l'homme?»

«Je ne le sais pas encore. Il faut que je voie ses yeux.»