«S'il faut vous le dire? qu'attendons-nous? Il avoue tout, dit Tom. Tombons sur lui à l'improviste. Je n'ai jamais vu un plus laid scélérat.»

«Avec cette somme, continua l'homme, voyez tout ce que nous pouvons faire. Elle nous tirera de la détresse où nous sommes tombés, Marie; vous savez qu'en cela je dis la vérité, sans qu'il y ait de ma part d'autre faute qu'une excessive confiance dans un faux ami. Je ne puis vous voir mourir de faim. Je ne puis voir notre petit enfant, né dans une position confortable, réduit à coucher sur la paille, au fond d'une grange comme cette maison. Non, je ne le puis, je ne le veux pas.»

Il poursuivit, se passionnant davantage à mesure qu'il parlait. «À tout prix, je veux vous rendre une chance de confort et d'indépendance.

«Et la paix d'esprit? répliqua Marie. Oh! William! je dois vous dire les horribles craintes qui ont rempli mon âme pendant votre absence, durant cette terrible nuit. J'ai lu et prié. J'ai demandé des consolations au ciel. Oh! William! rendez l'argent à votre ami. — Je ne dis rien de l'emprunt; — rendez cet argent. Je ne puis le regarder. Manquons de tout; mourons, s'il le faut, mais rendez cet argent.

Tom Ruddle désarma tout doucement son pistolet et passa la manche de son pardessus sur ses yeux.

«Ayons confiance en Dieu, William, poursuivit la femme, et la délivrance viendra. Le temps est très froid, ajouta-t-elle. Il n'y a plus d'espérance visible, mais je ne puis désespérer de tout à cette époque de l'année. Cette grange, comme vous l'appelez, William, n'est pas un séjour plus humble que la crèche de Bethléem, dont je viens de lire la touchante histoire.»

En ce moment, les cloches de la vieille église sonnèrent à pleine volée. Nous étions si près de la tour que leurs vibrations ébranlaient les solives sur lesquelles nous nous tenions à cheval et remplissaient tout le cottage de leur rude harmonie. «Écoutez! s'écria l'homme étonné, qu'est-ce que c'est que cela? — C'est le matin de Noël, répondit la femme. Ah! William, William! dans quel esprit nous devrions accueillir ce jour! dans quel esprit différent nous l'avons maintes et maintes fois accueilli dans des temps plus heureux!»

L'homme prêta l'oreille aux cloches pendant une minute ou deux; puis il s'agenouilla et cacha sa tête sur les genoux de sa femme. Il se fit un profond silence, sauf la musique de Noël. «S'il faut vous le dire? dit Tom, je me rappelle qu'à cette heure nous chantions toujours un hymne dans la maison de mon père. Allons- nous-en: je ne voudrais pas pour mille guinées troubler ces pauvres gens.

Nos préparatifs pour descendre firent un peu de bruit. L'homme regarda en l'air, tandis que la femme restait absorbée dans ses prières. Comme ma tête dépassait juste le niveau du mur, nos yeux se rencontrèrent. C'étaient bien les mêmes yeux qui étincelaient d'un éclat sauvage, quand le coup de pistolet était parti du cabriolet. Nous continuâmes notre descente. L'homme se releva tranquillement de sa position agenouillée et mit son doigt sur sa bouche. En descendant les escaliers, nous le trouvâmes qui nous attendait sur le seuil de la porte. «Non pas devant elle, dit-il. Je veux lui épargner ce triste spectacle, si je puis. Je suis coupable du vol, mais je ne voulais pas vous faire mal, monsieur. Le pistolet est parti dès que je l'ai touché. Au nom du ciel, dites-le-lui avec des ménagements quand vous m'aurez emmené!»

«S'il faut vous le dire? dit Tom Ruddle, dont les dispositions belliqueuses s'étaient tout-à-fait évanouies, le pistolet était mon erreur, et tout ceci est une erreur aussi. Venez me voir, mon ami et moi, à la banque, après demain, et s'il faut vous le dire? le diable de vent! il est si piquant qu'il me fait venir les larmes aux yeux; oui, s'il faut vous le dire, nous nous arrangerons pour vous en prêter davantage.»