— Mais vous n'en abuserez jamais, John jamais…

— Jamais, sans doute, Michel, mon ami; mais je fais une supposition… Si j'abusais de votre confiance en cachant ceci, en mettant cela au grand jour, et puis en plaçant ceci dans un jour douteux, je fortifierais ma position et j'affaiblirais la vôtre, jusqu'à ce qu'enfin je me trouverais seul lancé sur la voie de la fortune et vous laisserais perdu sur quelque rive déserte, loin, bien loin derrière moi.

— C'est ce qui arriverait, en effet, John!

— Afin de prévenir cela, Michel, dit John Spatter, pour rendre la chose à peu près impossible, il doit y avoir une entière franchise entre nous; nous ne devons rien nous dissimuler l'un à l'autre, nous ne devons avoir qu'un seul et même intérêt.

— Mon cher John Spatter, je vous assure que c'est là précisément comme je l'entends.

— Et quand vous serez trop facile, poursuivit John, dont les yeux s'animèrent de la divine flamme de l'amitié, il faut que vous m'autorisiez à faire en sorte que personne ne prenne avantage de ce défaut de votre caractère; vous ne devez pas exiger que je le flatte et le favorise, n'est-ce pas?…

— Mon cher John Spatter, interrompis-je, je suis loin d'exiger cela. Je veux, au contraire, que vous m'aidiez à le corriger.

— C'est bien là mon intention.

— Nous sommes d'accord, m'écriai-je, nous avons tous les deux le même but devant nous, nous y marchons ensemble, nous cherchons à l'atteindre honorablement; mêmes vues, un seul et même intérêt; nous sommes deux amis confiants l'un dans l'autre, notre association ne peut donc qu'être heureuse.

— J'en suis assuré, reprit John Spatter, et nous nous secouâmes la main très affectueusement.»