—Je désire faire tout ce qui est convenable, monsieur Jaggers, et suivre vos conseils. J'ai donc pensé qu'il fallait vous les demander. Y aurait-il quelque inconvénient à ce que je prisse congé de tous ceux que je connais dans ce pays avant de partir?
—Non, dit-il en me regardant comme s'il avait peine à me comprendre.
—Je ne veux pas dire dans le village seulement, mais aussi dans la ville.
—Non, dit-il, il n'y a aucun inconvénient à cela.»
Je le remerciai et retournai en courant à la maison. Joe avait déjà eu le temps de fermer la grande porte, de mettre un peu d'ordre au salon de réception, et il était assis devant le feu de la cuisine, avec une main sur chacun de ses genoux, regardant fixement les charbons enflammés. Je m'assis comme lui devant le feu, et, comme lui, je me mis à regarder les charbons, et nous gardâmes ainsi le silence pendant assez longtemps.
Ma sœur était dans son coin, enfoncée dans son fauteuil à coussins, et Biddy cousait, assise près du feu. Joe était placé près de Biddy et moi près de Joe, dans le coin qui faisait face à ma sœur. Plus je regardais les charbons brûler, plus je devenais incapable de lever les yeux sur Joe. Plus le silence durait, plus je me sentais incapable de parler.
Enfin je parvins à articuler:
«Joe, as-tu dit à Biddy?...
—Non, mon petit Pip, répondit Joe sans cesser de regarder le feu et tenant ses genoux serrés comme s'il avait été prévenu qu'ils avaient l'intention de se séparer. J'ai voulu te laisser le plaisir de le lui dire toi-même, mon petit Pip.
—J'aime mieux que cela vienne de toi, Joe.