Et je lui fis des signes de tête jusqu'au moment où je pus lui dire, ce qui n'était pas une figure de rhétorique, qu'il m'était absolument impossible de le voir.

Wemmick employa le temps qui s'écoula entre cet instant et le souper à me faire admirer sa collection de curiosités. La plupart étaient d'une nature criminelle. C'était la plume avec laquelle avait été commis un faux célèbre, un ou deux rasoirs de distinction, quelques mèches de cheveux et plusieurs confessions manuscrites formulées après la condamnation, et auxquelles M. Wemmick attachait une valeur particulière, comme n'étant toutes, pour me servir de ses propres paroles, «qu'un tas de mensonges, monsieur.» Ces dernières étaient agréablement disséminées parmi des petits spécimens de porcelaine de Chine, des verres et diverses bagatelles sans importance, faites de la main de l'heureux possesseur de ce muséum, et quelques pots à tabac, ornés par le vieux. Tout cela se voyait dans cette chambre du château, où j'avais été introduit tout d'abord, et qui servait non seulement de salle de réception, mais aussi de cuisine, à en juger par un poêlon accroché au mur, et certaine mécanique en cuivre qui se trouvait au-dessus du foyer, et qui sans doute était destinée à suspendre le tournebroche.

On était servi par une petite fille très propre, qui donnait des soins au vieillard pendant le jour. Quand elle eut mis le couvert, le pont fut baissé pour lui donner passage, et elle se retira pour aller se coucher. Le souper était excellent, et bien que le château fût sujet à des odeurs de fumier; qu'il eût un arrière-goût de noix gâtées; et que le cochon aurait pu être tenu plus à l'écart, je fus me coucher, enchanté de la réception qui m'avait été faite. Comme il n'y avait aucune autre pièce au-dessus de ma petite chambre-tourelle et que le plafond qui me séparait du mât de pavillon était très mince, il me sembla, lorsque je fus couché sur le dos dans mon lit, que ce bâton s'appuyait sur mon front et s'y balançait toute la nuit.

Wemmick était debout de très grand matin, et je crains bien de l'avoir entendu cirer lui-même mes souliers. Après cela il se mit à jardiner et je le voyais, de ma fenêtre gothique, faisant semblant d'occuper le vieillard, et lui faisant des signes de tête de la manière la plus dévouée et la plus affectueuse. Notre déjeuner fut aussi bon que le souper, et à huit heures et demie précises, nous partîmes pour la Petite Bretagne. À mesure que nous avancions, Wemmick devenait de plus en plus sec et de plus en plus dur, et sa bouche reprenait la forme du trou d'une boite aux lettres. À la fin, lorsque nous fûmes arrivés au lieu de ses occupations et qu'il tira la clef du collet de son habit, il paraissait ne pas plus se soucier de sa propriété de Walworth que si le château, le pont-levis, le berceau, le lac, la fontaine et le vieux lui-même, eussent été lancés dans l'espace par la dernière décharge du canon.


[CHAPITRE XXVI.]

Il arriva, ainsi que Wemmick me l'avait prédit, que j'allais bientôt avoir l'occasion de comparer l'intérieur de mon tuteur avec celui de son clerc-caissier. Mon tuteur était dans son cabinet et se lavait les mains avec son savon parfumé. Quand j'arrivai dans l'étude il m'appela et me fit, pour moi et mes amis, l'invitation que Wemmick m'avait préparé à recevoir.

«Sans cérémonie! stipula-t-il: pas d'habits de gala, et mettons cela à demain.»

Je lui demandai où il faudrait aller, car je ne savais pas où il demeurait, et je crois que c'était uniquement pour ne pas démordre de son système de ne jamais convenir d'une chose, qu'il répliqua:

«Venez me prendre ici, et je vous conduirai chez moi.»